J’ai eu l’occasion, aujourd’hui, de pouvoir assister à une partie du procès dit « Ferrara », qui se déroule actuellement au Tribunal de Grande Instance de Paris. Pour rappel, Antonio Ferrara et plusieurs présumés complices sont jugés pour avoir fait évader celui qu’ils surnomment « Nino » le 11 Mars 2003, de la Maison d’arrêt de Fresnes, où il était détenu.
Antonio Ferrara
Ce procès, devant la Cour d’Assise d’Appel, a démarré voilà six semaines. Et c’était aujourd’hui les réquisitions du parquet, représenté par Anne Vosgien et Francoise Mothes ont ainsi argumenté toute la journée pour soutenir l’accusation.
Pour Antonio Ferrara, ce n’était pas forcément le travail le plus difficile, dans la mesure où il lui était difficile de nier s’être évadé. Le jeu consistait, pour lui, comme Mesrine en son temps, de dénoncer ses conditions de détention. C’est bien là le seul argument qui peut tenir la route pour un évadé.
 
Pour Dominique Battini, difficile d’argumenter, également. En effet, lors de l’opération, il était sérieusement blessé, allant jusqu’à perdre un œil. Sur place, il laissait des traces de sang, permettant ainsi aux techniciens d’isoler son ADN.
 
Avec Karim Bouabas, ils forment le trio de ce que l’avocat général a appelé les cartes maitresses de ce puzzle. Le réel enjeu, pour ce trio, réside dans le fait que les jurés retiennent, ou non, la tentative d’assassinat à l’encontre des deux gardiens de prison qui étaient dans les miradors au moment des faits.
 
Pour rappel, le commando qui se présente devant la porte dite « chantier », utilise des explosifs, pour rentrer. Pour éviter la défense des miradors, des coups de feu à l’arme de guerre, son tirés, à environ 40 mètres (alors que ces armes peuvent tirer, de manière efficace, selon l’expert, jusqu’à 2 km). A l’intérieur, Antonio Ferrara, avec l’aide d’un gardien véreux (condamné en première instance), fait sauter la grille du quartier disciplinaire, dans lequel il se trouve depuis la veille, pour avoir refusé une fouille à l’issue d’un entretien avec son avocat (lequel est considéré comme le « top départ » de l’évasion).
 
Mais la majorité des observateurs étaient bel et bien présents pour entendre les réquisitions à l’encontre de Karim Achoui. L’avocat controversé avait été condamné, en première instance, à 7 ans d’emprisonnement. Et cette même peine a été requise aujourd’hui par l’avocat général, peine assortie d’une interdiction d’exercer à titre définitif.
 
Qu’est-ce qui a pu pousser l’avocat à franchir la ligne, s’est demandé Francoise Mothes ? Elle n’en avait pas la réponse, dans son réquisitoire, bien qu’elle a émis une idée ; d’ailleurs la seule qui vaille : l’argent. Ajoutez à cela ce que Achoui déclare lui-même dans son livre, lorsqu’il parle de son attirance vers le grand banditisme (qui serait d’ailleurs une des causes de l’éclatement de son cabinet, avec son ancien associé). Bref, un mélange du genre qu’il vaut mieux éviter : l’argent facile et le banditisme.
 
Je n’ai pas assisté au procès dans son intégralité, à l’exception d’une demi-journée, au début. Mais, de ce que j’ai pu entrevoir, et qui a été souligné par l’avocat général, une fois de plus, comme dans tous les procès en relation avec le grand banditisme, le principal angle d’attaque de la défense : le travail des policiers. D’un côté, les gentils, en l’occurrence des hommes qui ont déjà été condamnés, pour trafic de stupéfiants, braquage, évasion…. Et de l’autre, les méchants, les policiers, qui font mal leur travail, et s’acharnent contre les gentils !
 
Quand je vous dis que l’intérêt de l’avocat, c’est de faire sortir son client de prison, peu importe la vérité. Je vais reprendre les mots de Mme Mothes, lorsqu’elle parle des avocats de Karim Achoui : « ils ont essayé de faire éclater la vérité. Leur vérité ». Tout ça est assez loin de l’idée de justice telle qu’on peut la concevoir. Enfin, c’est mon avis.
Karim Achoui
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