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La matinée est finie.
Je ne suis pas de permanence. À moi cette bouffée d’oxygène avant d’attaquer l’après midi.

J’ouvre la porte.
Comme d’habitude, je pare ses sauts de joie et l’enjoint à rester les quatre pattes au sol : « en bas ! ».

Je descends les deux étages de l’immeuble, lui les dévale. J’ouvre la porte du hall alors qu’il s’impatiente pour enfin pouvoir vidanger sa vessie.

L’affaire dans le sac, je lui enfile son harnais, j’accroche la laisse à l’anneau et c’est parti. On traverse un quartier où vivent, deux, trois chiens pénibles qui aboient courageusement derrière leur grillage et on arrive dans les prés. Enfin !

Je détache la laisse et comme à l’accoutumé, il court à toute vitesse. Je profite de cette sensation étrange du soleil qui réchauffe légèrement mon visage alors que ce vent frais qui passe dans ma nuque me fait frissonner. Je lève les yeux vers ce ciel vierge, ce ciel bleu. J’inspire par le nez pour sentir mes poumons se gonfler, puis je prends une dernière bouffée d’oxygène par la bouche et j’expire enfin en gonflant le ventre. Quelle sensation de liberté.

Je poursuis la balade avec en rideau de fond, cette rivière dynamique, toujours en colère suite aux trombes d’eau venues la fouetter la veille.

Mon fidèle compagnon dévale à toute vitesse les fossés remplis d’eau et saute de flaque en flaque. On arrive au bout du chemin. Il est temps de tourner à droite ou à gauche. Je tourne à droite, n’y voyez pas une opinion politique. Machinalement je jette un coup d’œil à gauche. Toujours aucune opinion politique.

Je veux l’éviter ce coup d’œil, c’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi de tourner à droite, mais mon inconscient m’en empêche. Je me tourne et je regarde. Je vois ce pont en bois surplombant l’étang, ce près à l’herbe verte et bien taillée. Je vois cet hélicoptère rouge et jaune et ces gens blancs, la mine déconfite.

Inévitablement mon regard s’arrête sur la dernière image. La plus marquante. Je vois cette enfant, dévêtue, allongée dans l’herbe. Son corps empli d’ecchymoses causées par un équidé qu’elle adorait tant. Maudit passé.

Je retourne la tête à droite et me replonge dans les yeux de mon ami à quatre pattes. Quel réconfort ! Il est si fidèle, si constant et à la fois imprévisible. Je lui donne tellement peu et il me rend tant. Je reprends une nouvelle bouffée d’oxygène et on poursuit la balade. Je continue à cogiter quand même. Je pourrais essayer de trouver un autre endroit pour le promener. Un endroit qui ne me ramène pas à un fait marquant. Je repense alors à cet autre chemin…où j’ai repêché une femme morte, noyée. Me vient alors l’idée de cette foret à cinq minutes de voiture… Inévitablement je repenserais à la course poursuite, la bagnole brûlée, la sortie de mon arme…

Pas évident de vivre à l’endroit où on travaille.

Aucun chemin ne me permettra d’oublier. Tous ces faits, toutes ces interventions sont ancrés en moi. Il faut que j’apprenne à vivre avec, en tout cas, cela fait dix ans que je m’y essaye avec plus ou moins de succès.

Mes yeux se bordent de larmes. Je fais une pause sur le bord de la rive. Je m’assois sur une bute de terre, sans faire attention, sans regarder si je risque de me salir, je m’en fous.

J’écoute l’eau ruisseler et j’admire les rayons du soleil qui viennent la faire briller. Mon réconfort à poil arrive à toute valdingue. Il se blottit contre moi, je le serre de toutes mes forces. Je sens son poil à l’odeur indescriptible. Sans doute la même sensation que lorsque gamin, je sentais la peluche qui me servait de doudou.

Ma passion est mon métier, j’ai peu de loisirs, difficile d’évacuer. Mais qu’est ce que j’aime promener mon chien . . .

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