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     Je suis né un peu avant le milieu des années 2000.

     A tout le moins pour l’homme que je suis devenu aujourd’hui.
     Mais avant cela, j’ai été élevé dans un foyer aimant, par des gens qui n’ont pas eu la chance de l’être en leur temps, pour l’un, et pas assez ou mal, pour l’autre, dans un paisible village du sud de la France. Ils ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.
     Ce billet, mais plus certainement ceux qui vont suivre, est selon moi le meilleur moyen de leur rendre hommage.
     Ce premier billet, est aussi le moyen de remercier mon hôte, qui m’a fait le grand plaisir de m’accueillir lorsque les velléités d’écriture se font faites sentir. Merci Chris.
      Je te remercie de ne pas avoir lâché l’affaire, ta pugnacité n’est plus à prouver.  
 
      Milieu des années 2000 donc, moment où ma petite existence a changé radicalement, et où, après avoir obtenu quelques diplômes universitaires, dont le déballage est ici inutile, j’ai décroché le concours d’officier de police. 
       Point de départ duquel nous nous vîmes 8000, passés les tests psychotechniques environ moitié moins (une chance), quelques 600 admissibles, puis 310 à l’arrivée, concours interne et concours au choix compris. La crème de la crème … Le meilleur de ce qui reste (« t’as raison mon con »).
       L’officier, c’est la matière frappée, entre le corps des Gardiens de la Paix et celui des Commissaires de Police. Le corps mou entre le marteau et l’enclume. 
 
      Le droit, il n’y que cela qui m’intéressait, bercé d’histoires sordides de meurtres et les faits divers que je lisais à l’occasion. Matière frappée disais-je …
      Droit, et plus particulièrement droit pénal, la seule chose qui me passionnait, car j’ai eu la chance 
d’aborder la discipline en première année (chose rare en France il me semble) avec un professeur qui a su me passionner. Je parle de droit pénal général pourtant, la folie de cette ironie n’aura pas échappée aux juristes. 
 
      De cette année, hormis le droit pénal, et me trouvant alors à mi chemin entre la Place Sainte Catherine bordelaise et l’océan atlantique, je n’ai rien retenu. J’ai en effet été brièvement expatrié dans le sud ouest, à mon grand bonheur, et, j’ai en toute logique, « queuté » avec brio (mon meilleur ami) mon année. 
         
      (Ndlr: mes textes et mes paroles sont souvent parsemées d’expressions du cru, d’emprunt, de jargon, voire d’argot local, avec citation des auteurs lorsqu’elles sont empruntées).
       Les déconvenues en droit sont arrivées plus tardivement, lorsqu’il s’est agit de potasser les finances publiques et autres réjouissances de droit civil. A Aix en Provence, grande faculté reconnue, mais qui offre plus que des cours de droit. Bref.
       Ainsi donc, diplômes en poche, je me trouvais bien con. Et oui, le droit c’est bien, mais à part ouvrir des portes ça ne sert pas à grand chose. Ouvrir des portes ? J’y viendrai.

        Pendant deux ans, j’ai donc tâté du privé, passant de multiples entretiens menant à de pénibles travaux rendant physiquement intelligent: manœuvre en B.T.P, préparateur de commandes, faiseur de cafés, chauffeur livreur. Notamment dans une belle enseigne bien connue de nos compatriotes sudistes: « Exopotamie », où tout objet dûment payé, fini au gourbis. 

        Naturellement, j’en suis donc venu au but de ce billet, via les célèbres I.E.J (Instituts d’Études Judiciaires), qui préparent autant de veaux à trop d’examens qu’autant d’étudiants à l’abattage, ou à l’abattoir, c’est selon le point de vue.
        Autant vous dire que j’étais à mon aise. J’ai vite compris que le concours de magistrat était hors de ma portée, et que définitivement, je n’étais pas destiné à devenir un de ces étudiants parvenu avocat avant l’heure dont je soupais tant. Et oui, moi aussi je bave parfois (mes amitiés à tous ceux que je connais, côtoie, rudoie ou croise et qui n’en font pas moins un métier difficile).         
         La matière pénale, m’a donc naturellement menée vers une voie que je n’avais jamais envisagé. Et pourtant, je reste convaincu du bien fondé de ce choix. Profession dont j’ignorais tout, me contentant des rares clichés entendus, et des nombreux contrôles vécus. Et oui, ceux qui connaissent mon visage et qui me liront ici savent de quoi je parle. 

        Aussi, le concours d’officier m’a semblé être le meilleur compromis, même si avec le recul l’expérience de base me paraît un atout majeur. Passons.
        Et là c’est le drame …
        Pétri d’idéaux, à l’époque, me voilà donc en chemin pour la journée « portes toutes vertes » (elles sont marron crade en vérité) de; retenez votre souffle; « l’École Nationale Supérieure des Officiers de Police », dite ENSOP, qui n’a donc de supérieure que le nom. 
        Portes ouvertes organisées un 6 décembre. 
        Pour mémoire, l’ENSOP se situe à Cannes-Ecluses, Seine et Marne (par –> ici <–) .
    
        Notez le cliché pittoresque à droite, seul intérêt de la commune, à l’exception de sa maison de retraite de haute qualité, au sein de laquelle est (était ?) majestueusement plantée une réplique de vache grandeur nature. J’y reviendrai aussi …

        Ca, les champs de betterave et le ravitaillement des corbeaux volant sur le dos afin de ne pas voir la misère du monde. 
 

        Journée porte ouvertes, un 6 décembre … Eh ouais. Froid de gueux, brouillard insondable, juste assez pour nous faire rêver sur la qualité du mobilier formica 70’s, orange et … et ? marron. Ambiance Orange mécanique, le glauque en moins.

         Certains ont décroché et c’est bien normal. 
         La bise. 
         Un petit cliché avant. Ce jour là il faisait beau.
Je vous invite à faire une recherche sur le site dans Google
images. Du #LoL en perspective.

Ps: la maison de retraite est en face, faut suivre.

Au sortir de cette journée, mémorable, je téléphonais à mon meilleur ami,  et lui recommandais de ne pas effacer mon numéro.
         La soirée qui s’ensuivit à Paris n’est pas raisonnablement racontable ici. 

         Un mois plus tard, c’est l’entrée en école, sur le même tempo. 
         Le choc. 
         Janvier, il caille sa mère, t’es seul, dans une chambre de 3x2m qui pue l’angoisse, et comme un con tu appelles respectivement: ta mère et ton ex. Je me rappelle avoir fait l’inverse. Le fail.

         La mise dans le bain intervenant le lendemain, pas le temps de tergiverser.
         Je suis donc officiellement, Elève Officier (fixe) pas encore de mots lisses, (repos vous pouvez fumer). 
         La belle affaire, suis donc un « bitos » (syn: bleu, débutant, lapin de 6 semaines, petit con, etc) 

 On me remet un uniforme, ainsi que les galons qui vont avec.Cette chose là –>

Franchement, c’est bandant. On dirait une corde, pour en finir les longues soirées d’hiver où le vent est glacial et qu’il pleut à l’horizontal. Ou après un lever des couleurs en tenue d’été, alors qu’il fait 2 degrés. 
Certains voulaient nous endurcir, comme dans l’armée. Sauf que ça n’a rien à voir avec l’armée. A part faire darder quelques tétons déjà trop sollicités, ils n’ont pas durci grand chose.

A mettre en lien avec l’uniforme, ancienne version, de toute beauté : Ceci
Poil à gratter et poutres apparentes, le cachet en moins.
Là débutent les plus grands moments de la formation, en alternance avec les stages en situation réelle (commissariats, Police Judiciaire, Renseignements Généraux), où se mêlent sport (et oui), cours de commandement (vous visualisez le sketch de Palmade sur les canards, les dents en bois et les bras en mousse ? Ici ), école de voie publique (apprendre à marcher au « pas »), procédures administratives et judiciaires évidemment, et tir.

J’ai rapidement compris que les séances de tir avaient plutôt lieu la nuit assez rapidement. En fait de quoi il n’y avait pas qu’un seul stand, mais plutôt des parcours d’habileté motrices, avec traverse de la cour d’honneur le matelas sur l’épaule. Les mystères de répartition des chambres à coucher sont impénétrables. Entrisme quand tu nous tiens.

Peu adepte des virées nocturnes pour changer de bâtiment, je demeurais casanier, et ma chambre fût rapidement affublée d’un surnom que la prudence (et mon avocat) me recommandent de taire (jargon désignant les véhicules discrets de surveillance ou sous-marin) pour les nombreuses réceptions qui s’y tinrent. Par extension, ce surnom m’est resté. On aime bien les surnoms dans la boite, ça permet de dépersonnaliser …

Je reviens à mon propos initial, et tempère un peu le sombre tableau que je dresse, ce lieu m’ayant permis de faire de belles rencontres, d’en garder quelques solides amitiés, mais surtout d’y trouver ma compagne (sans avoir besoin de me faire choper en « flag » au milieu de la cour d’honneur) désormais mère de ma progéniture.Ce billet est aussi un peu pour eux.

Mais tout ceci est une autre histoire.

Dont acte appelant récidive.

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