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     Attention, ce billet peut contenir des mots pouvant choquer les enfants. Merci d’émettre un bip en leur lisant les passages les plus marrants.

On me demande beaucoup de choses, c’est l’objet de mon métier. Celui de répondre à des questions. On m’en demande autant à son sujet.

Je n’en avais pas conscience avant d’apparaître sur le réseau social de l’oiseau bleu. Où il est si simple et à la fois si difficile de communiquer. Jusque là, ma présence sur le net se limitait à lire de profil (pour ceux qui ne suivent pas, je parle de facebook). Si voyeur et intrusif, le genre ne m’a jamais convenu.

J’ai donc croisé, sur twitter, des gens que j’étais – et ai été – amené à côtoyer tous les jours, sans les voir ou presque, des professionnels dans leurs domaines respectifs, qui, pour certains, ont besoin d’un exutoire à peu de caractères, une vanne de secours. Une vanne peu lisse. Je n’y ai pas croisé que des professionnels d’ailleurs. J’ai aussi croisé des gens paumés, sans volonté, des gens perdus, des gens volontaires, des forcenés, des gens forcés. Mais également pas mal de gens bien, des petits malins, des gens égaux, des gens normaux. Des gens épris de vie. Certains deviendront des amis. Je me suis également rendu compte que les flicards étaient assez peu représentés sur le réseau, chose normale, et me suis pris au jeu. Ecueils compris.

Les rôles se sont alors inversés, et on a commencé à me poser des questions. Vous vous doutez que les questions ont commencé bien avant mais ce n’est pas le sujet. Sur ce que j’étais, chose sur laquelle j’ai encore du mal à communiquer, mais surtout sur ce que je suis censé représenter, ce dont il est encore plus délicat de parler.

Ce billet est destiné à ceux qui n’ont pas obtenu de réponse de ma part. Et à ceux que je n’ai pas envoyé chier. Je vide mon sac dans cette première partie. Un autre billet viendra pour des choses plus fleuries, et certainement plus jolies.

Parce qu’au final, ce que l’on me demande le plus souvent, c’est pourquoi ? Déclinable à l’infini.

Le pour quoi ?
Je passe – rapidement – sur les litanies habituelles, et évacue ainsi le « routier », que je n’ai jamais pratiqué :
* « S.I » : Pourquoi ai-je été flashé et pas lui ? Pourquoi le gouvernement il est méchant avec les automobilistes gentils comme moi ? Pourquoi préfère-t-on faire de l’argent avec les radars plutôt que d’arrêter des voleurs ? Pourquoi vous me contrôlez alors qu’un connard roulait plus vite que moi il y a dix minutes ?

* « Réponse »: J’ai envie de dire lève le pied, « pédale de plomb », j’ai moi-même perdu six points en dix-huit mois, personne d’autre que moi n’est responsable. Et arrête de te plaindre, ça te fait la bite (la plupart du temps c’est un homme), tu connaissais les règles. Par ailleurs, concernant les choix en matière de politique pénale, et n’étant pas élu de la République, je t’invite à aller demander audience auprès de ton représentant national. Bisous.
Et non, je n’ai pas fait sauter mes points car en l’espèce c’est déjà fait, non plus que l’amende automatique, car discuter avec un bureaucrate, c’est compliqué, mais avec une machine c’est impossible. Sauf si elle est flic aussi. Encore que … Si tu crois que j’ai encore des privilèges exorbitants à exercer ce métier, viens, et constate par toi même.
Quant à la manière de faire mon métier, je citerais encore une fois une réplique de l’excellente série américaine « Southland », de la bouche de John Cooper, le personnage sinon central, pour le moins capital, à un automobiliste qu’il contrôle et qui lui demande s’il n’a pas mieux à faire: « Est ce que vous dites à votre dentiste comment vous arracher les dents ? ». Il est évident que non, car chacun son métier. Les petits donneurs de leçons – s’ils en ont un, de métier – peuvent aller se faire cuire le cul. Ils seraient, tous, à les écouter, de meilleurs flics que toi car il faut être benêt pour exercer ce métier. « Come out and play ». Ce sera mon dernier mot à ce sujet.
Ah oui, j’oubliais, les flics n’ont pas plus le don d’ubiquité que les autres. Tu te plains que nous sommes partout mais étrangement jamais au bon endroit. Rapporté au nombre de flics par habitant, tu ne tiens pas la route, sauf à Paris. La mauvaise foi n’est pas l’apanage du flic mon petit lapin. Dis toi bien que pour un  poulet visible sur la voie publique, tu en as au moins autant dans l’ombre pour éponger la merde qu’il ramène. Dis toi également que la police arrête parfois ton voleur car elle était là au bon moment, et qu’elle a retrouvé le butin. Tu n’as pas encore eu cette chance ? Aie confiance, bientôt tu seras cambriolé.

On me demande aussi souvent pourquoi avoir choisi ce métier. Je crois qu’aussi longtemps que je vivrai, je chercherai les mots pour répondre à cette simple question. Vous trouverez quelques indices ici. De la même manière que j’apprendrai ce métier – et de ce métier – jusqu’à le quitter. Ceux qui croient  (ceux qui croivent sont également les bienvenus) le contraire, et dispensent leçons à qui ne veut plus les entendre, se trompent lourdement. Peu importe le moment où tu le quittes – ce métier – d’ailleurs, ce qui importe c’est comment. Pensées pour ceux qui sont partis sans bruit, avec, ou en silence, et ceux qui vont partir la tête haute, fiers du devoir accompli et qui n’auront pas à en rougir. Chacun sa croix, ou sa porte.

On me demande également pourquoi j’applique des lois qui sont injustes. J’invite, en toute objectivité, chacun de ces paltoquets, à relire la Constitution, et à faire preuve d’un peu de bon sens pour réaliser que la leur est manifestement tronquée. Et éventuellement à se rendre aux urnes, où la représentation nationale a pondu les lois que je suis chargé, avec d’autres, de faire appliquer. Je rappelle également qu’un ordre, dans un corps hiérarchisé, vaut force de loi, sauf à démontrer son illégalité. Chercher un responsable en l’intervenant direct, c’est courir au clash, du moins en différé avec moi. Je ne parle même pas des trolls …
On me reproche aussi souvent l’existence même de la garde à vue et l’application qui en est faite, comme si je devais être représentatif de toute l’institution. Je n’ai pas mis en place le régime de la garde à vue mais je suis chargé de le faire appliquer (avec parcimonie au besoin). Croyez bien que parcimonie a parfois été ma meilleure amie. Aussi, les petits dictateurs de salons et autres juristes d’opérette ne sont plus à l’abri d’une contradiction quant à la séparation des pouvoirs quand il s’agit de critiquer une mesure légale, certes déplaisante, qui est comparée aux pires instruments des régimes totalitaristes. L’opposition systématique à cette mesure, certes vieillissante, mais utile, sans aucun argument, est du même niveau que ce que l’on peut trouver de clichés sur les flics, les avocats, les journalistes … Le terrorisme intellectuel a encore de beaux jours devant lui (Papa si tu me lis, c’est le moment de décocher un sourire).

On me renvoie souvent au visage le racisme dans la police, son sectarisme et son intolérance. C’est comme partout, il y a de tout. Je rappelle que les policiers sont recrutés parmi vous. Au sein du peuple. A ceux là, et concernant l’intolérance, je citerais Madame, qui, travaillant dans un arrondissement « cosmopolite », pour ne pas dire multi-culturel de la capitale, pense qu’après n’avoir que peu voyagé, n’en avoir pas moins fait le tour du monde. Je trouve cette phrase très juste. A méditer, car je pense sincèrement qu’on peut se permettre de devenir intolérant lorsqu’on y a soi même été confronté.

De la même manière, je ne suis responsable, ni un descendant de ceux qui ont commis des horreurs pendant les périodes troubles de l’histoire. Aussi, merci d’éviter les raccourcis approximatifs. Je n’ai ni connu la police de Vichy, ni les évènements de mai 68, ni la Police à « Papa ». Je suis le descendant d’une longue lignée de scientifiques et de matheux. Dont un officier de l’armée (le lieutenant Flam) que la guerre a rendu fou, de visions d’horreur, et d’alcool pour le panser, en 14-18, et un résistant de la première heure, qui échappa la Gestapo en sa cachant dans une poubelle. Je ne suis pas digne de ces gens là, merci de ne pas enfoncer le clou. Je suis le premier flicard de la famille, merci de le noter.
Au sujet du « racisme », qui est devenu plus qu’une pilule générique, j’invite volontiers les indignés des claviers à venir se frotter au racisme ordinaire de la rue et à ôter les oeillères pleines de merde qu’ils ont chaussées trop tôt. Il y a des racistes partout, à commencer au sein de vos rangs d’ignorants. Le premier fasciste est probablement celui qui, convaincu de ses inexpériences, vous jette son ignorance et ses certitudes de nouveau-né à la tête. Je convie donc celui là à venir faire un stage dans ma Maison. Tu penseras à essuyer tes pieds et à te laver les mains avant d’entrer néanmoins. Pas de raison que tu ne pourrisses les locaux plus qu’ils ne le sont déjà.

J’ajouterais qu’en terme d’intolérance, la démonstration la plus flagrante se fait devant la loi, en trébuchant sur sa première marche, l’officier de police judiciaire. Et il y en a, des marches. Quoi de plus intolérant qu’un délinquant au final ? Car c’est bien lui qui dit merde à la société.
Car s’il est une chose certaine, une « chaussure », c’est qu’avant d’avoir tâté du métier j’ai vécu. J’ai connu le privé. Et vécu de multiples expériences de travaux différents.

Alors oui, je suis probablement en train de glisser tranquillement vers la misanthropie, et je dirais que c’est de bonne guerre, car on me l’a bien rendu. Je n’en aime que plus ceux qui m’entourent, ce billet est aussi un moyen de le leur dire. Car après tout, s’il est bien une chose que je pense être vraie, c’est que le silence n’amène que des emmerdes. Et pourtant je suis un « taiseux », j’ai de qui tenir.
Certains se reconnaîtront, d’autres ne me liront pas, mais sont visés. L’essentiel, c’est la bile versée, et le bien que ça fait. Comme d’habitude, aucun nom sur les ondes ne sera prononcé.

Aux autres, santé.

Flam
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