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23h48.

C’est précisément l’heure où je commence à rédiger ce billet. Voilà une heure que, du fond de la rame de RER numéro 5, je pense aux premiers mots que je vais vous adresser.

D’ailleurs, si vous les lisez, c’est que j’ai franchi ce cap… celui de la publication. Et, chose exceptionnelle, ce billet n’aura pas été relu. Ni par moi, en première intention, ni par mes camarades du 15. J’espère qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur.

Mais me voilà dans l’exacte position qui fait la moelle des billets que je vous fais partager depuis maintenant quelques années. Vous parler de la PJ… De son âme, son tréfonds.

Je ne vais pas vous pipeauter, non. Je rentre tard, certes, mais je n’ai pas travaillé. Non, j’ai simplement partagé les moments exceptionnels d’un service de PJ. Ceux qui font, comme j’ai pu le dire aujourd’hui, qu’on se fait « chier », 364 jours dans l’année, pour vivre celui-ci. Ce moment de fraternité. Ce moment qui, plus qu’au quotidien, efface toutes nos différences, et nous fait juste vivre, prendre du plaisir.

Aujourd’hui, l’occasion… ou l’excuse, avait cela d’exceptionnel qu’il s’agissait de fêter, ou célébrer, le départ en retraite d’un chef d’équipe. Et, chez nous, ce n’est pas rien.

Oh, j’imagine bien que, dans le privé, ou les autres administrations, il y a des moments similaires. Probablement. Mais, ce soir, j’ai envie de l’écrire. Instinctivement.

Voilà un nouveau retraité. Il part, Commandant de Police, alors qu’il a commencé sa carrière voilà une trentaine d’années, en tant que vaguemestre. Cela me parait suffisamment clair pour en parler, et être mis à l’honneur, comme cela  fut le cas tout au long de la journée.

Oh, je ne vais pas faire, ce qu’on qualifie de « suce boules », n’est-ce pas! Les hommes sont ce qu’ils sont, avec leurs qualités, leurs défauts… mais j’ai toujours eu pour philosophie qu’on ne peut que s’entendre avec quelqu’un qui veut travailler. Et je m’efforce de m’en tenir à cela, même si, parfois, cela peut paraître insuffisant. Mais je m’égare.

Il est des départs, dans une vie de flic, plus marquants que d’autres. Ceux qui font qu’une page se tourne. Pour peu qu’il soit accompagné d’un autre départ, sensiblement du même acabit, et c’est un monde qui est bouleversé.

Oh, il continuera à tourner, nul n’est indispensable, et il faut toujours garder cela à l’esprit. Mais tout de même. Le monde tournera, mais différemment.

Pourtant, plus largement qu’il ne se suffit, ce départ s’inscrit dans un contexte délicat. Celui d’un collègue, du groupe, qui est hospitalisé depuis maintenant trois semaines. Gravement. Il n’est pas une journée sans que nous pensions à lui. Et, en ce jour de départ, plus qu’un autre jour, ce fut le cas.

Il était là; dans les mots du chef de service, celui du récipiendaire. Mais aussi dans l’esprit de tous ceux qui étaient là aujourd’hui, et qu’il aurait dû accompagner.

Autant le dire… de grosses émotions pour une si petite journée. Des rires, mais aussi beaucoup de larmes. Et au moins autant, même forcément plus, de pensées. Dans nos esprits, à tous.

C’est ça, la PJ. C’est pour ces moments-là d’intensité, d’émotion, que l’on vit.

Oh, peut-être que j’exagère; probablement qu’on ne vit pas pour cela, mais que c’est juste des moments que l’on chérit. Parce que, simplement, on se sent vivre. Parce que, dans ces instants, nous sommes, ma foi, disons-le… faibles… ou, pour le moins… naturels. Aucune place aux arrières pensées, carriéristes, d’affaire… non, juste des hommes… et, bien sur, des femmes…

Des Hommes qui partagent un quotidien parfois difficile. Mais, qui , lorsqu’il le faut, restent soudés.

Et c’est précisément ça, qui fait la force de la PJ. Si tant est qu’on ne veuille pas la tuer, lui retirer ces qualités humaines qui font que, même à poil, elle vous élucidera des affaires inimaginables. Parce que, finalement, sa force, la seule qui lui reste, ce sont les hommes qui la composent.

Ce soir, c’est à vous deux, que je pense. Toi, qui est hospitalisé, et toi qui nous quitte.
Mais vous avez cela en commun que vous êtes, et resterez dans nos cœurs.

PJ un jour… PJ toujours.

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