… était âgée d’une trentaine d’année, et travaillait entant que vendeuse en boulangerie. Elle menait une petite vie paisible, dans une petite ville du sud du département des Hauts de Seine, en ce mois d’Octobre.
Ses parents habitaient, ainsi que son frère, un petit village de l’Herault.
Je me souviens très bien de cette affaire; et pour cause. J’étais tout juste « Officier de Police Judiciaire » (OPJ), nouvellement habilité par le parquet de Nanterre.
C’était un samedi du mois d’Octobre, et c’était ma première astreinte . A l’époque, nous étions en binôme; un OPJ et un APJ (Agent de Police Judiciaire). Je n’était d’ailleurs pas le seul « petit nouveau », en ce samedi automnal. Lorsque je fus arrivé sur place, j’étais surpris d’apprendre que la magistrat du parquet qui m’attendait en était également à sa première astreinte.
Après tout, il faut bien un début…
Mon binôme s’appelait Aymeric. Heureusement, lui était un peu plus aguerri que moi. Il me donnait ainsi une certaine assurance dans le début de cette enquête qui était la nôtre.
Je me souviens très bien de Joëlle. Un joli visage, célibataire, la trentaine tout juste passée. Ses meilleurs amis: Isabelle et Bruno. La première étant une collègue, justement, de Joëlle; le second ayant été présenté par la première.
Depuis quelques mois, ces amis-là se côtoyaient, au milieu de deux ou trois autres qui complétaient « l’équipe ». Un barbecue au bord d’un lac par-ci, une soirée par là.
Et puis, comme ca arrive des milliers de fois tous les jours, Joëlle est allée un peu plus loin dans cette relation; un flirt, et ensuite, une petite aventure, tout en discrétion.
Je disais donc que je me souviens de Joëlle. Je me souviens des photos chez elle; mais surtout….
Joëlle a été assassinée en ce mois d’Octobre 2004. Une vingtaine de coups de couteau, et autant de coups sur la tête, d’un objet qui sera qualifié plus tard de « contendant »; certainement un presse-livre.
Plus tôt, dans la nuit, des voisins avaient entendu une dispute provenant de l’appartement, sans en tenir compte; après tout, comme un peu partout, de nos jours, dans cette société individualiste. L’un d’entre eux a vu une voiture rouge quitter précipitamment la résidence, au petit matin.
Bruno avait une voiture rouge; il sera interpellé moins de 48 heures après les faits. Sa voiture? Humide… de l’intérieur. Il l’avait lavée… de l’intérieur.
Lors de ses premières auditions, rien. Tout juste reconnaissait-il connaître la jeune femme. Un peu plus tard, il reconnaîtra la relation qu’il avait avec Joëlle.
Et c’est là que l’experience est importante. Il était refermé sur lui-même. C’est Isabelle, qui était alors adjointe à mon chef de groupe, qui s’est « entretenue » avec lui. J’insiste sur terme, il est important. Ce n’était pas une audition. Loin de là.
Moi, j’étais là, je faisais le secrétaire. Eux parlaient, à bâtons rompus. Bruno cachait quelque chose, c’était certain; il ne fallait que trouver « la combinaison du coffre ».
Isabelle avait déjà, à ce moment-là, une dizaine d’années d’experience criminelle, derrière elle. Au fur et à mesure de la conversation, je retranscrivais. J’apprenais beaucoup, en même temps.
C’est au bout de trois heures que Bruno a « craqué ». Il a avoué avoir tué Joëlle, de plusieurs coups de couteau, et de coups sur la tête. Il expliquera qu’il était hors de lui. Elle avait « critiqué ses amis », dont un avec qui elle avait eu un flirt quelques mois auparavant. Il n’avait pas supporté. Après avoir commis son forfait, il a tenté de « nettoyer » un peu l’appartement, avec un tapis qui se trouvait là. Tapis que, par la suite, il mettra dans son coffre, et qui nécessitera de nettoyer la voiture.
Bruno précisera plus tard avoir été, au moment des faits, sous l’emprise de cocaïne, et de hashish.
Quelques mois plus tard, Bruno a été condamné par la Cour d’Assise des Hauts de Seine à plusieurs années de prison ferme.
Isabelle, elle, a sur la conscience le fait d’avoir été celle par l’entremise de laquelle les deux personnes se sont connues. Y peut-elle quelque chose? Directement, bien sur que non.
Un drame; c’est bien de cela dont il s’agit.  Je me souviendrais longtemps de l’appel téléphonique des parents de Joëlle, alors que je rédigeais les « constatations » du crime.  Appel (adroitement) renvoyé par le commissariat local directement sur mon poste. Inquiets comme ils étaient, j’ai été obligé de leur annoncer la « nouvelle ». Une des choses les plus difficiles qu’il m’ai été donné de faire dans ce métier. Annoncer le décès d’un proche, qui plus est par téléphone.
Un drame qui est de ceux qui me font penser que l’homme humain est capable de tout. On ne connaît assez bien les gens. Même les plus proches; parents, amis, conjoint. En certaines circonstances, nous sommes capables de tout. Même… et surtout du pire.
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