Holmes_Brothers_Liri_Blues_Festival
La presse s’est faite l’écho, ces jours-ci, de ce qu’elle a appelé le « blues des policiers », et qui fait suite à une étude du CNRS de Toulouse, menée avec l’aide du syndicat de Police Alliance (second syndicat chez les gradés et Gardiens de la Paix).
Ainsi, c’est un questionnaire qui a été présenté, en trois parties, espacées de plusieurs semaines, aux volontaires, sans distinction syndicale (même si l’on peut forcément imaginer que la grande majorité des sondés sont encartés auprès de ce syndicat).
De l’infographie représentée dans le Figaro, on constate rapidement que les policiers, dans une grande majorité, ne sont pas à l’aise dans « leurs pompes ». Non seulement, ils se sentent dévalorisé par les médias (87%) et jugent leur travail discrédité par la justice (85%), mais aussi, et surtout, ils sont critique vis à vis de leur propre administration qui ne penserait qu’à faire du chiffre (70%), tout en omettant de valoriser le travail de ses fonctionnaires.
Parce que cela me parait très « court », comme approche, et trop général, j’ai décidé de m’intéresser de plus près à ces recherches, et aux statistiques qui en découlent. Je me suis donc procuré l’intégralité des chiffres du sondage, pour en extraire les chiffres qui m’apparaissent comme les plus marquants:
GENERALITES
Ainsi, ce sont 5600 policiers qui ont répondu à la première phase, en Mai 2011, alors qu’ils ne sont plus que 2650 à la troisième, en Janvier 2012!
Premier chiffre, la réparation hommes/femmes: les premiers représentent 86%  des sondés, alors qu’ils ne sont que 76%, sur la répartition globales dans la police. Donc, les femmes se sont un peu moins intéressées à cette enquête.
La moyenne d’âge de ceux qui ont répondu est de 37 ans, 14 ans d’ancienneté dans la police, dont 7 dans le même service.
Il est très intéressant de constater que tout le monde s’est impliqué, et que, la grande majorité des sondés ont donc une expérience certaine de la Police Nationale, sans pour autant être en fin de carrière. Nous avons donc affaire à un panel, de mon sens, assez représentatif.
Autre chiffre important, la région parisienne représente à elle seule plus de 30% des sondés, devant les Bouches du Rhône et le Nord.
LA HIERARCHIE
Quelle relation a  le policier avec son supérieur hiérarchique?
Les policiers jugent leur supérieur très bon lorsqu’il s’agit de « contrôler et superviser », mais en deçà de la « norme » (que j’imagine être de relations professionnelles, en générales, entre agent et cadre), lorsqu’il s’agit de récompenser les efforts, agir en modèle, ou encore encourager son collaborateur.
Ainsi, le manager est plus perçu comme un superviseur, un contrôleur, que comme un manager.
L’ADMINISTATION
90% des policiers interrogés pensent que  l’administration ne se soucie pas de leur bien être,  62% estimant que  la police ne valorise pas leur contribution à l’accomplissement des missions (plus 25% d’indécis).
Plus de 70% pensent que leurs efforts ne sont pas reconnus, et qu’il n’est pas tenu compte de leurs attentes et remarques.
Arrive alors un chiffre qui n’est pas, selon moi, qui suis à l’intérieur  étonnant, mais qui devrait en étonner plus d’un: les policiers ne sont que 25%, environ, à penser que leur travail influe sur leurs récompenses, que ce soit au travers de primes ou de mutation.
Ainsi, on peut en déduire que plus des deux tiers des policiers constatent que leur travail n’est absolument pas primé; même si le raccourci est un peu gros, les policiers considèrent qu’il n’y a aucune différence entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. Ils sont plus de 75% à penser que l’attribution des récompenses ne se fait pas sur des critères objectifs, mais qu’il s’agit plutôt d’une question de chance.
Quel travail pour les policiers:
Il est alors demandé aux policiers les objectifs réels qui leurs sont demandé. Pour 65% d’entre eux, c’est « faire du chiffre ». 75% pensent que les policiers reconnus par leur hiérarchie sont ceux qui font du chiffre. 50% pensent que l’objectif principal de leur métier réside dans la baisse de la délinquance.
Le regard des autres:
Pour 68% des policiers, la population, en général, n’a pas une bonne image de la Police. Ils sont, et ce chiffre me parait énorme, 85% à penser que la justice discrédite leur travail! Et c’est un peu plus important, pour les médias (87%).
Et pourtant…
Malgré ces chiffres importants  qui laissent effectivement apparaître un peu d’amertume, plus de 70% des policiers interrogés estiment que la police représente beaucoup pour eux, et sont fiers de leur métier. Lorsqu’il est question de « police » dans leur entourage, dans les discussions familiales (en bien ou en mal), plus de 80% se sentent concerné.
Le suite de l’enquête se révèle non moins importante.
LES FACTEURS DE RISQUES PSYCHO-SOCIAUX
Quels sont les facteurs de risques psycho sociaux?
On y retrouve les lourdeurs bureaucratiques, le manque de ressources (personnel) et la remise en cause du travail au quotidien (par la presse ou la justice). Ce sont donc les principaux éléments facteurs de stress, et qui nuisent donc, au quotidien, sur le travail des policiers.
Arrivent alors les risques liés à des facteurs organisationnels, c’est à dire liés à la fonction en elle-même.
31% disent avoir fait l’objet de plus de dix agressions au cours des six derniers mois, et près de 13% entre 6 e 10 fois, au cours de la même période.
Concernant les agressions physiques, ils sont 9% à en avoir subi entre 3 et 5, 60% disant ne pas en avoir subies du tout (le reste se situe au milieu).
Quelle utilité de l’arme de service?
Pour près de la moitié des policiers interrogés, elle n’est pas un moyen de lutte efficace contre la criminalité; pourtant, 70% estiment qu’elle représente une garantie de sécurité.
Les statistiques suivantes cherchent à mesurer le « burnout » des policiers; c’est à dire qu’elles tentent d’établir une « mesure du syndrome d’épuisement professionnel », c’est à dire une « détérioration de la santé, suite à une exposition chronique au stress, dans le cadre de son travail ».
Cette mesure est définie par trois facteurs:
– l’épuisement émotionnel, c’est à dire la fatigue à l’idée même du travail; rien d’alarmant de ce point de vue là, si ce n’est que, mesurée deux fois, à six mois d’intervalle, on note une légère augmentation de cet épuisement
– la perte d’empathie, qui pourrait se traduire par du cynisme ou une attitude négative envers les victimes; rien d’alarmant de ce coté-là non plus, puisque les chiffres sont au même niveau que d’autres mesures, sur des polices étrangères.
– l’accomplissement personnel, c’est à dire « les effets démotivants d’une situation jugée difficile, répétitive et conduisant à des échecs malgré les efforts consentis »: c’est là que les chiffres paraissent important, puisque supérieurs à la moyenne d’autres police. Cela signifie que les policiers « commencent donc à douter très sérieusement de leurs réelles capacités d’accomplissement de leurs missions ». Même si ce chiffre n’a rien d’alarmant, selon les scientifiques du CNRS, cela peut être le signe de l’installation d’un épuisement professionnel latent. Bref, une « courbe » à surveiller de près.
Globalement, il est constaté que, plus on monte dans la hiérarchie, plus les chiffres sont importants, ce qui est également lié à l’ancienneté dans l’administration et, donc, l’expérience. Rien d’illogique, donc.
A l’inverse, quasiment aucune différence entre hommes et femmes.
Si l’on fait une comparaison géographique, ce sont les départements des Bouches du Rhône  de Seine-Saint-Denis et Paris, qui sont les plus touchés.
Tout cela a une répercussion puisque l’on dénote une « diminution de l’enthousiasme et de l’intérêt général du travail des policiers », puisqu’ils déclarent, à plus de 70% être moins enthousiastes dans leur travail, y perdre de l’intérêt et du sens.
Interrogés sur les sentiments perçus par les équipes, les policiers se disent « dégoûtés et découragés ».
Individuellement, ils se disent « irrités » et « contrariés ».
Question interessante: lorsqu’on leur demande s’ils sont à l’aise dans la « vie privée » et dans la « vie professionnelle », ils le sont tout autant sur les deux plans (5.8/10)
LA statistique effrayante: 67,4 % des policiers interrogés envisageraient de quitter leur emploi de policier pour un autre emploi similaire pour un salaire plus élevé
Les chercheurs du CNRS en arrivent à la conclusion suivante: 
« L’enquête réalisée auprès de policiers a permis de dresser un premier bilan sur le management et le stress au travail au sein de la police. Ainsi, nous disposons de données quantitatives importantes à propos du management et des risques psychosociaux qui apportent des précisions sur le métier de policier aujourd’hui.
Nous pouvons tirer deux enseignements de ces premiers résultats :
– Il existe des dysfonctionnements au niveau du management. Les données recueillies mettent en lumière des lacunes managériales importantes qui nuisent à la performance des forces de police. Les policiers ne disposent pas du support nécessaire afin de progresser dans leurs missions et ont le sentiment d’être abandonnés par leur hiérarchie.
– Nous confirmons également la présence de risques psychosociaux latents et surtout le ras le bol des policiers.
D’autres résultats chiffrés sur la délinquance, les crimes, les arrestations par commissariat permettraient d’enrichir l’étude et d’obtenir une analyse plus fine ».
Et vous, quelles sont vos conclusions? 
Personnellement, je n’en tirerai aucune. en tous les cas, pas tout de suite. Cela sera peut-être l’occasion d’un nouveau billet.

A suivre…

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