Harry_Winston,_29_Avenue_Montaigne,_Paris_2009
… d’écrire quelques lignes, ce soir. Je suis un peu fatigué, tout de même; mais j’ai eu droit à beaucoup d’émotions, ces derniers jours, en passant par à peu près tous les états.
Ceux qui suivent ce blog ont peut-être suivi l’actualité judiciaire, où l’on parle donc du « braquage du siècle », operé en décembre dernier, et pour lequel plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées ces derniers jours. Pour mémoire, ce braquage avait mis en avant le vol de 85 millions de dollars en bijoux dans une prestigieuse bijouterie parisienne.
Je peux en parler un peu plus librement, maintenant, tout en respsectant le secret de l’instruction auquel je suis astreint, mais j’ai eu la grande chance de pouvoir participer à cette enquête. Cela fait donc sept mois qu’elle dure; sachant que les deux derniers se sont fait en continu.
Le premier état que j’ai connu, c’est bien sur la fatigue; le cumul de quelques  soixante jours, au cours desquels je n’ai pris que deux jours de repos; comme beaucoup de mes collègues.
Ensuite, l’anxieté; il fallait interpeler les voleurs, et, qui plus est, retrouver les bijoux volés. La pression était là, mais je me la suis mise tout seul, je n’avais besoin de personne.
Il y a ensuite eu le « stress », l’adrenaline, les minutes, voir les heures precedant les interpellations.
Plus tard, ce fut la deception, puisque, sur la première journée, très peu de bijoux ont été retrouvés. Mais alors très grosse deception !
De là, à nouveau un gros coup de fatigue; une nuit de sommeil de deux heures; la deuxième fois en quatre jours. Je m’endormais, le matin, en allant au bureau!
Ensuite, j’ai connu l’euphorie; celle qui a suivie la découverte de la « caverne d’Ali Baba »; Il ne s’appelle pas Ali, ce n’est pas une caverne, mais le contenu y était. Et il est impressionnant.
Et là, regain de peps, de forme… la fatigue n’existe plus. Il faut maintenant faire le job, le finir; il y en a pour quatre jours de garde à vue, voir un peu plus, puisque certaines interpellations ont été faites en differé. Mais au moins, c’est l’aboutissement de plusieurs mois de travail, et je ne suis pas sur de pouvoir un jour traiter à nouveau une affaire de cette ampleur!
J’en suis donc réellement fier. Je me suis énormément investi dans cette affaire; comme tous mes collègues, j’ai beaucoup sacrifié. Y compris ma vie privée.
Mais ne dit-on pas que le travail paye? Là, aujourd’hui, c’est le cas ! Nous voilà tous récompensés.
Au cours de cette journée, j’ai pu dialoguer avec un des braqueurs; le dialogue qu’un flic peut avoir avec un voyou; deux personnes d’un monde opposé, mais qui, d’une certaine manière se respectent. Cet homme, que je ne nommerai pas m’a dit « c’est votre jour de gloire, aujourd’hui, avec la médiatisation ». J’ai pu lui répondre que c’était « chacun son tour », qu’il avait eu le sien en Décembre. La roue tourne. J’ai pu aussi voir, dans ses yeux, s’écrouler les espoirs de liberté qu’il avait, tant que le butin n’était pas retrouvé. Un échange de regards que je ne suis pas prêt d’oublier. Sans aucun mot. Pas un seul. Là, il a compris, il m’a dit « ok, c’est plus la même; je vais assumer mon rôle ». Encore une fois, j’ai ce moment en tête; et c’est un grand moment de policier. Enfin, pour ce qui me concerne.
J’ai également pu apprécier, aujourd’hui, le fonctionnement d’une « machine » telle qu’un service de PJ. Où tous les groupes, dans un même objectif, sont à fond! C’est d’autant plus plaisant lorsqu’il y a du résultat au bout. Tout le monde se sent alors valorisé par le travail accompli qui a permis, à terme, à « sortir » une grosse affaire.
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