L’affaire de Villiers, telle qu’on l’appelle. Voilà une grosse affaire de banditisme qui a connu de grosses avancées, cette semaine. Huit mois après les faits, la BRB a procédé à une série d’interpellations en région parisienne.  Une « affaire » qui avait bien mal commencée, dans la mesure où une collègue de la Police Municipale est décédée, abattue par les voyous puissamment armés. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit.  D’une personne abattue.
Le seul hic, il manque, dans ces interpellations, Faid Redouane qui a « échappé aux enquêteurs ». Comme par hasard ! Je me comprends.
Qui est Faid Redouane ? Rappelez-vous, il y a quelques jours ; Canal+ vous annonçait la diffusion d’une émission choc sur les « caïds des cités », le nouveau banditisme. Non, ca ne vous rappelle rien ? Regardez le menu de cette émission. On nous parle d’abord de « Renard », un voleur de voiture à priori chevronné, d’un homme qui s’adonne aux go-fast (comprenez importation expresse d’une grosse quantité de drogue), des meurtriers d’Aurélie Fouquet, cette jeune collègue de Villiers, puis…. Et puis…. Et là, ca me choque… l’image suivante… je dis bien l’image suivante… j’insiste, c’est important. L’image et le reportage suivants sont consacrés (ca fait mal de dire ça, mais c’est bien le mot) à Faid Redouane qui a été condamné dans le cadre d’au moins une attaque de fourgon blindé. Et lui-même nous dit, dans le reportage que, lors de cette attaque, à Villepinte, pour échapper à la Police, lui et ses complices ont fait feu, à la Kalachnikov, sur les policiers qui arrivaient. Mais « il n’y a pas eu de blessés », nous dit-il. Et, donc, désormais, Faid Redouane est recherché par la BRB dans le cadre de l’enquête relative au meurtre d’Aurélie Fouquet.
Et la suite ? Mais elle est écrite à l’avance. Je ne pense pas (et c’est une idée tout à fait personnelle) qu’il restera en cavale. Il va faire comme les voyous qui sont loupés à l’interpellation ; il va attendre que les autres soient présentés à la justice, que les avocats aient accès au dossier. A partir de ce moment-là, il aura connaissance des éléments d’enquête à son encontre, et pourra inventer son histoire, avec son avocat. Et, à ce moment-là, il ira se constituer prisonnier devant le magistrat ; ce dernier, espérons-le, le dirigera vers la police. Il fera une garde à vue, au cours de laquelle il ne dira rien, attendant que le temps passe. Et il sera mis en examen. Ensuite, placé en détention ou libéré, selon les instructions du magistrat.
Ce qui est pratique, dans cette affaire, c’est que la presse en sait autant que les enquêteurs ; non, c’est bien. Le secret de l’instruction est « presque » (je reste correcte, là) respecté, c’est plaisant. Depuis le début, la médiatisation de cette affaire est ahurissante. Pour vous dire, au moment d’aller procéder aux interpellations, c’est tout juste s’il n’y avait des paris qui concernaient l’heure du premier flash info qui ferait part des interpellations ! Voir-même, aurions-nous pu nous attendre à être accueillis par les journalistes au bas des immeubles !
J’en reviens à l’émission, diffusée par  Canal +, c’était le pompon. Déjà, voir les deux reportages sur la victime, et un des individus recherchés dans le cadre de cette affaire, m’a choqué. Que dire du journaliste qui a fait ce reportage ? Lorsque l’on sait que le livre qu’a sorti Faid Redouane a été écrit par ce même journaliste ! Où commence la déontologie, chez lui?
Et je vais aller plus loin, sur ce reportage : bien heureusement, je n’ai pas d’enfant adolescent qui était susceptible d’avoir regardé Canal+, ce soir-là. Auquel cas, à sa place, je me dis « moi, je veux aller habiter dans la cité, et faire comme eux. Ca rapporte bien, leur truc, là ; et ca a l’air facile ».
La liberté de la presse… oui, mais à quel point ? à quel prix ?
Décidément, je ne comprendrai jamais ce journalisme !
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