Les temps sont à nouveau mouvementés. De plus en plus, et quelque chose me dit que ce n’est pas fini.
Mercredi matin, 05h30 ; je quitte mon domicile, direction la Seine Saint-Denis ; au «programme », plusieurs interpellations dans le cadre d’une affaire de violences et séquestration.
L’opération se déroule sans problèmes ; interpellation en « douceur », et perquisitions dans la foulée. Trois personnes sont interpellées. Une quatrième, une jeune femme, est extraite de prison. Elle est  complice.
Ces quatre personnes sont donc placées en garde à vue dans nos locaux. N’ayant pas pris part directement à l’enquête, je n’en connais pas tous aspects. Et je découvre là cette jeune femme. C’est elle qui m’aura marqué, au cours de ces deux jours de garde à vue.  Pour faire « court », elle a été interpellée il y a quelques semaines pour trafic de stupéfiants, en provenance de l’étranger avec une grosse quantité de stupéfiants ; une chèvre, quoi.  Environ 25 ans, enceinte d’un peu plus de quatre mois. Cette fille a été difficilement identifiable, tellement elle n’apparait nulle part ; pas d’adresse fixe, abandonnée par ses deux parents. Bref, elle pourrait être un héroïne dans un roman de Zola ! Et le père de l’enfant qu’elle porte n’est autre que le mis en cause principal dans notre affaire de séquestration ; sauf qu’il est déjà en couple, avec un enfant en bas âge. Sa femme, justement, nous le décrit comme pas trop concerné par sa vie de famille, plus préoccupé par ses « sorties nocturnes » ; sortie qui l’amènent, d’ailleurs, en garde à vue.
Quelques heures avant la fin de garde à vue, qui aura découlée sur une mise en examen, la jeune fille a demandé à pouvoir s’entretenir avec son amoureux/complice. Après avis de ma hiérarchie, j’ai autorisé cet entretien, à la condition d’être présent. Tout le monde était d’accord. Dans une pièce de 2m2, je n’ai pu faire autrement que d’entendre ce que se disaient les deux personnes. Et j’ai alors compris que l’homme n’était manifestement informé que depuis peu, pas un e tierce personne, de sa future paternité. Et j’étais alors étonné de voir dans les yeux de la jeune femme une espèce d’espoir en une vie « normale », avec cet homme. Vie que, vraisemblablement, elle n’aura pas ; en tout cas pas maintenant, et en tous les cas pas avec lui (enfin, c’est l’impression que j’ai).
Voilà donc cette jeune femme qui  est orpheline, qui va mettre au monde un enfant qui n’aura pas ou peu de père, avec, pour le moment, pour seul domiciliation une prison ! Peut-être pourra-t-elle le mettre au monde en liberté, mais pour habiter où ? Je ne suis pas sur qu’elle s’en préoccupe, mais cela la rattrapera très rapidement.
Voilà donc une jeune femme qui n’a, pour le moment pas d’avenir, qui mettra au monde un enfant qui aura une arrivée sur terre très délicate.
J’éprouve de la peine pour cette jeune femme ; avant tout parce qu’elle n’a pas encore conscience de ce qui l’attend, avec cet enfant.
Mais, en même temps, cette femme n’a pas fait grand-chose pour s’en sortir ; travailler lui parait trop dur. De ses propres aveux « un coup je travaille, un coup j’arrête, parce que j’en ai marre ». Que lui répondre ! Je n’ai pas trouvé les mots, et ce n’était pas non plus mon rôle. Mais le travail que je fais n’empêche pas d’avoir, parfois, un pincement au cœur, vis-à-vis de la situation vécue par certaines personnes. Nul doute, pour le moment, que cette jeune femme aura à nouveau à faire, tôt ou tard, avec les geôles de garde à vue ! C’est bien regrettable.
Pour autant, on oublie vite ces « Zola des temps modernes » ; pour cela, il suffit de penser à la victime de notre affaire, qui aura été séquestrée chez elle pour être dépouillée de ses biens. Et on pense alors à cette même jeune femme qui a « servi » à ouvrir la porte (puisque l’on a plus confiance en une femme qui sonne à la porte qu’en un homme).  Bref, faire la chèvre, elle connait !
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