L’histoire de merde du vendredi soir.

Des histoires de toute la vie, comme il y en a tant. Mais peu qui tournent comme ça à l’avantage de l’agressé(e).

Deux clients du Bois de Vincennes nous sont ramenés pour des violences sur une prostituée. Ils refusaient de payer. Après la prestation, au prétexte que la femme était un homme. Les malheureux ne connaissent pas l’imparfait, eux.

Les deux clients sont cabossés sévère, ils « se sont fait bomber la guérite » comme on dit.

Nous rions, jusqu’à comprendre le pourquoi du comment.

M’est présentée la plaignante, 2m05 au garrot, plus d’un mètre de large aux épaules. Il est Néo-Calédonien, ses pognes ont de quoi faire pâlir les marins du monde entier. Il s’appelle Jacqueline.

Je choisis de ne placer personne en garde à vue et de régler ça à « plat ». En audition libre (honte à moi).

Et je choisis d’entendre Jacqueline, qui porte le verbe haut, et la jupe courte, alors qu’elle a des cuisses larges comme mes propres épaules. Monté sur des talons de douze centimètres, Jacqueline est plus à l’aise que moi dans ma propre salle de bains. Tandis que je maltraite le clavier afin de finir au plus vite et que Jacqueline se tortille sur sa chaise, malmenant d’autant le matériel éculé de mon commissariat, elle me pose une question qui me déstabilise, en battant lentement ses yeux de ses uniques cils :

« Dîtes, vous qui paraissez si soigné, ça ne vous fait pas mal de taper si vite sur le clavier toute la journée avec vos petits doigts ? »

Silence. Le téléphone sonne. Je me mords la lèvre.

A l’autre bout du fil, une collègue, authentiquement féminine et lesbienne jusqu’au dernier poil :

« Alors notre copine te plait ? »

2006

Flam

 

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