pyramide du capitalisme
C’est un constat. Le métier de policier amène à « naviguer » dans beaucoup de domaines. Il y a un mois, j’étais en banlieue, dans des zones plutôt pavillonnaires, à interpeler des braqueurs que je qualifierais de grands voyous; susceptibles d’être réellement dangereux, et qui ont prouvé qu’ils était à même de faire de gros coups. Tout juste quelques jours plus tard, j’étais sur le 16ème arrondissement parisien à interpeler des jeunes étudiants de 20 ans, que j’ai qualifié de « pieds niquelés », qui voulaient se convertir à la voyoucratie.
Et cette semaine, je me suis retrouvé dans un quartier (que je ne souhaite pas citer, l’affaire était toujours en cours) que je qualifierais « d’oublié ». Et là, on y va pour interpeler des délinquants, certes; mais il faut voir le contexte; on parle là des habitants d’un immeuble qui ont profité d’un trou dans le mur de chez le voisin, fait par des cambrioleurs, pour aller prendre « le reste ». Tentant, pour certains ! En tous les cas, pour eux, c’est sur (pour ne pas dire, certain). De fait, l’enquête que nous souhaitons voir converger vers les cambrioleurs nous amène donc sur ces « profiteurs ». Le jeune homme de la famille, 20 ans, va donc commettre ce vol. Il donne son butin à la mère qui, vraisemblablement, charge ce même jeune, et sa soeur, tout juste un peu plus âgée, de revendre le tout. Et là, on découvre la misère; du Zola dans le texte !
Imaginez: la mère qui fait pression sur ses deux enfants; la fille obligée de pratiquer le même métier que sa mère il y a quelques années, à savoir, le plus vieux métier du monde. La prostitution. Et pour 15 euro la passe ! (sans avoir jamais eu recours, il me semble que c’est loin des tarifs pratiqués par ces demoiselles, en général ! ).  Et le fils, lui, qui galère, qui commet des vols; les deux étant des toxicomanes. Et il ne s’agit pas là du pétard du samedi soir pour se détendre, mais bien de cocaine! Toute cette pression, de la mère, pour « autoriser » les jeunes à dormir sous le même toit; enfin, sous UN toit, tout simplement. Et si la condition quotidienne n’est pas remplie –> dehors. Et pour cause, c’est arrivé puisque nous avons retrouvé, dans un coin de la cave, une couverture que la fille a déjà utilisée pour dormir ! Je le dis, du Zola. La misère!
Et là, il est vrai que, même si l’on admet que les deux jeunes sont des  des délinquants d’habitude, ca me fait un peu mal au coeur. Comment aurait-il pu en être autrement, de ces jeunes? Qu’ont-ils eu pour eux, dans leur vie? Elevés dans un quartier défavorisé, par une mère seule, qui se prostitue, habituant à 3 dans un studio délabré où l’on n’oserait, de notre coté « classe moyenne », pas faire dormir notre propre chien, voir notre pire énemi. Je vous épargne les détails sur l’insalubrité de l’appartement, bien que moi-même, je ne sois pas non plus un maniaque obsesionnel de la propreté. Je passe les plats qui n’ont pas été lavés depuis plusieurs semaines, avec, donc, toutes sortes de cultures à l’interieur, le frigidaire qui ressemble à un gros bac à glaçons, le four que l’on ose à peine ouvrir (pour cause de perquisition), le linge suspendu à la porte (s’il est lavé, ce qui n’est pas évident). Bref, il ne manquait que les petites bêtes rampantes; et j’ai été étonné de ne pas en voir !
Donc, disais-je, comment peut-il en être autrement, pour ces jeunes? La fille semble « essayer » de s’en sortir (je dis bien « semble ») par le biais d’une association. Le jeune, lui, n’arrive même pas à se trouver un job de quelques heures par semaine au fast food local! Et pour cause, sans que cela ne choque personne, il se promène dans un survêtement qu’il n’a vraisemblablement pas quitté depuis quelques semaines !
Que peut-on leur prédire comme avenir? Vont-ils pouvoir sortir un jour de ce quartier?
Oh, c’est pas non plus, il faut l’avouer, une découverte, que cette misère; bien sur que non. Je fais ce métier depuis assez longtemps pour avoir vu de telles choses, voir pire! Mais tout de même; à chaque fois, finalement, on relativise beaucoup de choses. Tout d’un coup, les problèmes que l’on peut avoir dans nos clochers ne sont plus rien; le découvert à la banque? pfff; ca s’arrangera, avec le temps ! Les quelques prises de bec avec les collègues ou à la maison? pfff… rien du tout, ca s’arrange en deux temps, trois mouvements.
Et là, je vois les contrastes caractéristiques de la vie; hier, j’écrivais un texte (que je publierais plus tard) sur les notions de mérite, d’argent (sous forme de primes) dans l’administration policière. Et après avoir vu tout ca, je n’ai pas envie de reprendre ce texte. Enfin pas aujourd’hui.
Et l’on se retrouve, alors, à discuter, avec « madame » des éléments qui favorisent la délinquance. Peut-on dire qu’un enfant qui vit seul avec sa mère dans quartier dit « difficile » a plus de chances de sombrer dans la délinquance, que le jeune du 16ème, entouré de ses deux parents?
c’est un vaste débat! Qu’en pensez-vous?
Mais la vie est ainsi faite que, dans très peu de temps, quelques jours, voir quelques heures, tout le monde aura repris ses habitudes; cette famille, si elle n’est pas incarcerée, continera de vivre des ses larcins, et moi de mon coté, je continuerais à me plaindre de ma condition (comme tout à chacun, finalement) et c’est, en fait, juste HUMAIN.
Mais il est bon, parfois, de se rappeler qu’il y a pire que la situation dans laquelle on se trouve! Ne pas oublier ce que d’autres n’ont pas toujours le choix de subir! Et, finalement, garder le sourire.
Enfin, c’est mon avis !
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