typhaine, 5 ans
La France se réveille aujourd’hui, attristée, mais surtout consternée par l’affaire de la jeune Typhaine, 5 ans, qui était recherchée depuis le mois de Juin, dans le Nord de la France.
  
Aujourd’hui, la presse nous annonce qu’il ne s’agit pas d’une disparition, mais bien d’un décès. Accidentel ou pas, la justice sera amenée à trancher. L’instruction amènera certainement beaucoup de la clarté. Selon la mère, il s’agirait d’un accident, et selon le beau-père de la fillette, de « mauvais traitements répétés ».  Les versions semblent, de fait, divergentes, nous dit « l’express ».  Les fait sont abominablement tragiques ; il s’agissait d’une enfant.
Et la pilule est encore beaucoup plus difficile à faire passer lorsque l’on se souvient de la maman, Anne-Sophie Faucheur,  qui avait lancé un appel, auprès des médias. Et notamment dans la voix du nord. (la voix du nord) 
Elle qui nous dit « on se sent mal, toujours sans nouvelles, dans l’attente, on a un manque, on espère toujours la voir, on se sent vraiment mal, on est tenu à l’écart, on ne peut pas aider ». Ou encore « On garde bon espoir, où qu’elle puisse être,  on garde espoir, on l’attend, on espère qu’elle nous reviendra ». A la question de la journaliste, « qu’avez-vous à lu dire, à Typhaine », elle répond «  que t’es ma petite fille, j’ai déjà eu du mal à te récupérer, et que on a pu partager que cinq mois ensemble, malheureusement, mais que je t’aime, et je t’attends de tout cœur, que l’on puisse revivre d’autres moments ensemble, et que tu reste dans mon cœur, que tu es ma petite puce, je t’aime, bisous ».
Ces mots raisonnent encore ; j’ai beau écouter cette voix, et plus je l’écoute, et moins j’y vois un quelconque doute, ou quoi que ce soit qui puis puisse faire penser que cette mère sait que sa fille n’est plus de ce monde, et pour cause… mais non, elle est là, devant les journalistes, sure d’elle, de son récit.
Voilà où en est la nature humaine. Et c’est plus particulièrement de cela, dont je voulais parler. C’est une des choses qui me frappe le plus, depuis que je suis dans la police ; la capacité des gens à mentir, et qui plus est sur des choses immensément graves. A tous, il nous arrive, dans notre quotidien, de mentir, ou peut-être cacher la vérité, ou, au moins, la travestir quelque peu ; les raisons sont nombreuses ; on ne veut pas vexer, fâcher, ou décevoir l’autre. A tort ou à raison ; la morale dirait, bien entendu, toujours « à tort ».
Mais là, nous sommes dans l’extrême ; une femme fait mine de rechercher sa fille qu’elle sait morte, et enterrée ! Les mots sont terribles. Mais, en fait, plus rien ne m’étonne, dans la nature humaine. Chaque affaire me réserve son lot de mensonges. Et parfois même contre vents et marrées. Une démonstration par A+B, mais non, toujours le bon vieux mensonge. La certitude qu’il faut mentir au policier, et que, au pire, il sera toujours temps de dire la vérité au procès. C’est bien là que nous en sommes. Notre justice n’en a que faire, des mensonges proférés devant la police, à longueur d’année. C’est à nous, tout le temps, de contrecarrer ces mensonges, de toujours trouver un argument de plus, une preuve de plus, pour démontrer la mauvaise foi de l’individu. Et, parfois, en l’absence d’élément concret, il faut quand-même se faire une idée ; et là, cela devient très difficile.
Bien évidement, ce sont les mis en cause, que je pointe du doigt ; mais,  il faut le reconnaitre, il arrive que cela soit aussi valable pour les victimes. Cela arrive, il faut le dire, lors d’affaires de viol. J’ai déjà vu des jeunes femmes inventer  un viol pour prétexter un retard à la maison (alors qu’en fait, il s’agissait d’un amant). Ou encore cet homme qui déposait plainte pour viol alors qu’il se révèlera homosexuel.
Mettez-vous donc à la place du policier qui entend des victimes, des mis en cause. Bien évidement, le bon sens vous fait dire qu’il n’y a qu’à vérifier les dires de chacun. Mais parfois, c’est impossible. Parce que les faits remontent loin dans le temps, ou encore que la situation fait qu’il n’y a pas de témoin. Et alors ? que faire ? qui croire ? Ce n’est pas toujours facile. Et, en l’absence de preuve concrète, le doute prévaut toujours à l’accusé ; allez le faire comprendre à la victime ! L’audition est un art très complexe qu’il est, à mon sens, incapable de maitriser totalement.
Et je fais là le parallèle avec un autre sujet judiciaire brûlant. L’arrivée de l’avocat lors de la garde à vue. Que ce soit physiquement, ou au travers de la connaissance qu’il aura du dossier. Quel rapport, me dira-t-on ? Il y en a un , selon moi.
A mon sens, cette présence  ne fera qu’accroitre cette dose de « mauvaise foi » qui subsiste dans les enquêtes; en effet, ce conseil, lui, verra très souvent, une faille pouvant donner lieu à une réponse autre que la vérité ; une brèche dans laquelle il est possible de s’engouffrer.  Et plus ce mis en cause aura de l’argent, plus il aura de chances d’avoir un avocat capable de déceler ces brèches (où est l’équité, là-dedans ?). Voilà une des raisons qui font que je ne souhaite pas d’avocat lors de la garde à vue. C’est ce « conseil » qui n’a rien à voir avec la vérité en relation avec les faits, mais qui a plutôt trait à l’intérêt d’un homme, qu’il soit ou non coupable.
La garde à vue est, pour moi, « entre autre » (et j’insiste sur ces deux mots), un moyen de pression, il faut le reconnaitre . Un moment où, face à des éléments à charge, un mis en cause doit se défendre, se justifier, s’expliquer. Et plus il y aura de monde à accéder à ces éléments, plus il sera facile d’inventer une histoire autour. Alors qu’en situation « isolée », le mis en cause, acculé, se verra alors obligé de reconnaitre les faits, de manière circonstanciée. Et là aussi, j’insiste sur le terme de « circonstancié ». il ne s’agit pas non plus à ce mis en cause de répondre à l’enquêteur « oui, vous avez raison, j’ai fait ce que vous dites ». C’est à cet instant que l’on arriverait à des situation dramatiques telles qu’on a pu en vivre à Outreau, ou encore lors d’autres affaires largement médiatisées.
Dostoïevski disait « le mensonge est le seul privilège qui distingue l’homme de tous les autres organismes ».  Il faut croire qu’il avait raison…
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