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« -Question : Avez vous quelque chose à ajouter ?
   – Réponse : Efface toute la merde que je viens de raconter, je vais te dire la vérité ! »

Je viens de remporter ma première victoire. Je suis euphorique, j’ai envie de hurler et de sauter sur la table en faisant une danse indienne… Mais je ne montre rien, j’esquisse à peine un léger sourire.

Putain, je ne connaissais pas ce sentiment. Mes années de PSIG sont derrière moi, je suis gendarme maintenant, enquêteur en unité territoriale plus exactement. Entendez par là « le gendarme de base qui recueille ta plainte et t’allume au bord de la route entre deux vols de poules et un crime ».

Quelle sensation étrange, je viens d’auditionner mon premier mis en cause et j’ai ressenti de l’adrénaline comme si je venais de réaliser une intervention délicate.

Ce n’était pas gagné d’avance. Mon nouveau boss, un peu frileux, n’était pas confiant.

« MIK vous ferez gaffe, ce gars est un boxeur, il a fallu une fois qu’on intervienne à cinquante gendarmes parce qu’il avait soulevé tout un quartier, je vous mets à dispo un gars par sécurité « .

Les bases sont posées. Le colosse se présente à la brigade à l’heure. Un collègue qui traite un autre dossier le concernant l’accueille. Après une petite audition le gars est libre. C’est à mon tour. Je rentre dans le bureau, je me trouve fasse à cette masse de 1m90 pour un bon 110kg, il a le teint mat, les cheveux rasés et une cicatrice au dessus de la lèvre supérieure. Cet homme respire la force tranquille, le genre de personne qu’on écoute quand elle parle et qu’on arrive pas à retenir quand elle est énervée. Il soutient mon regard avec ses yeux sombres. Nullement impressionné, il connaît la chanson !

Il n’est absolument pas agressif, je dirais même paisible.

Je lui serre la main et pose les bases : « bonjour monsieur, je suis le gendarme MIK, je vais procéder à votre audition, sachez que je ne vous cacherai rien, je vais vous donner tous les éléments en ma possession. Je suis quelqu’un de respectueux et d’honnête, j’espère pouvoir vous faire confiance. ».

D’où me vient cette phrase bateau ? J’ai dû regarder trop de films. Je tremble à l’intérieur et pourtant je fais le fier, je gonfle le torse à l’extérieur. S’il savait qu’il va avoir à faire à un bleu !

Il me répond du tac au tac : « demandez à votre collègue, je suis franc ». Le soupir de mon prédécesseur me laisse perplexe.

Je veux le déstabiliser, je l’entraîne dans un autre bureau, vide de toute décoration. Il n’aura pas le temps de s’évader même mentalement. Et c’est parti je me lance dans les questions/réponses pendant une heure. Il répond à tout avec aplomb, il a une réponse à toutes mes questions. Il fait preuve d’une mauvaise fois déconcertante et nie tout en bloc. Je suis face à un vrai dur. Je n’arrive pas à le déstabiliser, n’importe quel magistrat jugerait qu’il y a assez d’éléments matériels pour mettre en mouvement l’action publique mais c’est ma première audition, l’aveu me donnerait le sentiment du travail accompli.

Je suis prêt à mettre fin à l’audition, à jeter l’éponge, moi l’ancien boxeur, je suis en train de perdre mon premier combat alors que je ne suis pas sur un ring.

Soudain je me remémore un élément du dossier, le gaillard a quatre filles et crèche actuellement chez ses beaux parents.

J’attaque : « monsieur, je vous ai dit que j’étais honnête, vous m’aviez donné votre parole également, je constate qu’elle ne vaut rien! »

Je lui présente une photographie de jouets cassés. « Monsieur, reconnaissez vous ces jouets? ». Il garde la même ligne de conduite et me répond avec aplomb par la négative.

J’ai les mains moites, mon palpitant s’accélère, j’angoisse. Je sais que je touche au but, je ressens la même chose qu’avant un événement important.

Dernière question. « Qui selon vous pourrait reconnaître ces jouets? ».

La réaction ne se fait pas attendre :

« JAMAIS! » hurle t’il en tapant à coup de poing sur la table. « Jamais tu ne fais venir mes gamines dans ta brigade de merde, tu m’entends? »

Je n’ai pas tremblé et pourtant j’ai eu l’impression de sursauter à en toucher le plafond. Je viens de lui envoyer un uppercut en plein dans le foie, il est sonné et jette l’éponge pour ne pas tomber K.O !

« – Question : Avez vous quelque chose à ajouter?
– Réponse : Efface toute la merde que je viens de raconter, je vais te dire la vérité! »

Tel un scénario cousu de fil blanc, il me racontera tout de A à Z en prenant quand même soin de disculper les membres de sa famille. Il assumera tout, on terminera l’audition par une poignée de main sincère après avoir parlé de boxe en se tutoyant.

Une fois le golgoth dehors, je relâche la pression, je souffle un grand coup. Les deux, trois camarades présents à l’unité viennent me féliciter d’une tape amicale sur l’épaule. L’ancien qui assistait à l’audition par sécurité me dira de tout faire pour aller en unité de recherches, que j’ai le profil pour (puisse-t’il être entendu).

Je viens de goûter au judiciaire pour la première fois et j’adore ça, c’est le début d’une grande histoire!

Quel soulagement, quel bonheur d’avoir résolu cette enquête préliminaire d’initiative que je diligentais pour des faits de :

« dépôt d’immondices en véhicule »

Au cours d’une patrouille j’étais tombé sur 2m3 de meubles dans la forêt parmi lesquels j’avais trouvé un courrier au nom de la mère du mis en cause.

Sanctionné sévèrement le voyou repenti fera l’objet d’une ordonnance pénale pour un montant de 200€ et devra tout nettoyer.

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