Voilà quelques temps que ce blog restait muet. Pour plusieurs raisons. Peu d’inspiration, dira-t-on.
Il m’était difficile de ne pas réagir à l’actualité policière. Pour rappel, à Bobigny, une Chambre Correctionnelle a condamné sept policiers à des peines de prison ferme. Les faits : en septembre dernier, un policier est blessé après avoir été percuté par un véhicule. Selon la procédure judiciaire qui s’engage, le conducteur d’un véhicule qu’ils avaient pris en chasse est désigné comme l’auteur des faits ; l’enquête semble démontrer que le fonctionnaire n’a pas été heurté par le véhicule de l’individu initialement désigné, mais en fait par un autre véhicule de police.
L’enquête s’est donc retournée contre les policiers qui étaient jugé cette semaine à Bobigny. Au résultat, les peines citées plus haut, supérieures aux réquisitions du Parquet.
Alors, quel peut être le sens de cet écrit ? Je suis policier, donc forcément, je vais défendre mes collègues. Oui et non. Je commencerai par le non, parce que si les faits sont tels qu’on les raconte (je n’ai aucune source directe, juste, comme tout le monde, le dires des médias), ils ne sont pas en adéquation de ce que l’on peut attendre d’un policier. Avant tout, probité. Pour autant, je ne vais pas faire de leçon de morale. Je ne suis pas parfait. Je m’abstiens. Joker.
Nous sommes d’accord, ce qui s’est passé, tel qu’on nous le présente n’est pas bien. Mais je m’interroge. On condamne donc ces policiers à des peines de prison ferme. Ces policiers vont donc aller en prison (en théorie, puisque, en deça d’une peine d’un an, les peines ne sont pas appliquées). Mais c’est bien cela que souhaitent les magistrats de Bobigny qui ont procédé aux condamnations.
Je ne vais même pas parler politique, mais je vais faire le lien avec ce que, d’où je suis, je peux voir.
Oui, c’est une réalité, les relations qu’entretiennent les policiers avec la magistrature de Bogigny sont différentes de celles que l’on vit avec d’autres parquets. Et, d’où je suis, ce sont 4 tribunaux auxquels je suis susceptible d’avoir à faire ; moi, mon groupe, ou mon service. Donc, des retours, j’en dispose ; directement ou indirectement. Mais ce sont des réalités.
Combien ai-je pu voir de mis en cause (qui sont réellement auteurs) sortir juste après leur comparution ? Que ce soit au cours d’une instruction ou d’une comparution immédiate. Et les affaires en parallèle sont nombreuses, donc les comparatifs tout à fait faisables. Nombre de décisions prises sont surprenantes, et en tous les cas ne vont pas dans le sens de la justice ; en tous les cas, pas celles qu’une victime est en droit de réclamer ! Pourquoi ? Comment en arrive-t-on là ?
J’ai la faiblesse de croire, sans chercher d’excuse, qu’il ne pourrait en être autrement. Je m’explique : prenons le cas d’un vol simple, à priori punissable d’une peine de 3 ans de prison, comme le prévoit le Code Pénal. Essayons de juger cette même affaire, en même temps, dans deux tribunaux différents ; à Bobigny (pour le coup), et en Creuse. Il est évident, et su de tous que la condamnation ne sera pas la même. A coup (presque) sur, le mis en cause sera bien plus fortement condamné en Creuse ; et, tout aussi surement, sortira libre de son audience à Bobigny. Mais personne ne fait rien pour lutter contre ces différences.
Explication : pendant que la Creuse voit 30 vols sur un mois (les chiffres sont imaginaires, et juste explicatifs), la Seine Saint Denis en voit 900 (là aussi, le chiffres est imaginaire, mais il illustre la disproportion entre les 2). Et à force de voir tous ces mis en cause, on leur trouve des excuses. Et tous les jours un peu plus. Et, chaque jour, on se dit qu’on ne peut pas envoyer tout le monde en prison, auquel cas, la population carcérale serait facilement triplée. Donc, les magistrats font des choix ; peut-être par proportion (je dis bien « peut-être »). Du genre, « pas plus de dix condamnation ferme par jour ». J’insiste bien, mes chiffres sont imaginaires, et ne défendent que MA théorie. Et donc, on condamne, sur une journée (ou sur un autre laps de temps) les dix faits les plus graves. Encore une fois pour ne pas faire exploser les chiffres. Et, ma foi, pour le reste, eh bien on fait avec.
A l’inverse, les affaires mettant en cause des policiers, sont bien moins nombreuses ; elles existent, c’est une réalité. Mais, au regard du nombre de vol, ou autre infraction, elles sont proportionnellement bien moins nombreuses. L’occasion, donc, de faire un exemple. Et c’est bien de cela dont il s’agit. L’exemple, chez les délinquants, il est inutile. Mais, devant les policiers, on se dit que peut-être cette condamnation va servir.
Et c’est typiquement ce qui s’est passé à Bobigny il y a 24 heures. Je n’excuse en rien les collègues qui ont, à priori, fauté. Mais, en termes de proportion, c’est tout simplement indécent. D’autant que, encore une fois, le policier subira une double peine ; la condamnation pénale, et la condamnation administrative qui le verra rayé des cadres de la Police Nationale.
Un jour ou l’autre, il faudra pouvoir juger des affaires similaires de la même manière, d’un coté à l’autre du territoire ; au risque d’en arriver où nous sommes. Et, forcément, de créer des tensions entre magistrats et policiers qui devraient normalement travailler ensemble ; ou, pour le moins, de manière cordiale. Et là, on fait tout le contraire ; les uns sont opposés aux autres.
Et je ne parle même pas de politique ; où l’on sait que la magistrature est, par nature, à gauche, et la police, à droite… allez comprendre ce qui s’est passé à Bobigny. Mais, une fois de plus, il ne s’agit pas de justice ! Mais le fossé se creuse !

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