C’est par cette appellation que ce jeune franco-américain a été présenté par la presse française, au cours de l’année 2004, à la suite d’un drame survenu dans le quartier des provinces françaises, à Nanterre.Ce jour-là, le jeune Rémy Masson se trouve aux abords de la gare RER de Nanterre Université, non loin de chez lui. Il est alors « alpagué » par un homme qu’il ne connait que très peu, qui, lui aussi habite le quartier. Pour des motifs qui demeurent et resteront inconnus, une altercation s’en suit, au cours de laquelle Remy tombe, sous les coups de couteau de son agresseur.
Ce jour-là, j’étais d’astreinte criminelle, avec ma collègue de bureau d’alors. L’auteur des faits, Jean-Pierre Richard, avait été interpellé dans un temps très proche de l’agression, dans le hall de son immeuble. Les policiers de la BAC, parmi les premiers intervenants, n’avaient eu qu’à suivre les traces de sang qui menaient à l’immeuble.  Il s’était retranché dans les hauteurs du hall.
Bien évidement, une fois la scène de crime figée (ou plutôt LES scènes, puisque l’agression s’est déroulée en deux fois), Jean-Pierre Richard a été hospitalisé, puisque lui-même blessé.
L’un des témoins, rapidement entendu, nous avait alors décrit l’agression telle qu’il l’avait vécue ; il avait alors ajouté, dans son audition qu’il avait vu l’agresseur se baisser sur le corps de sa victime, comme s’il lui avait « sucé le sang ». C’est donc de là qu’est partie cette histoire de « vampire de Nanterre ». A vrai dire, encore aujourd’hui, je ne suis pas certain que, lorsqu’il s’est baissé, Jean-Pierre Richard l’ai fait pour sucer son sang ; il était lui-même blessé, et je pense qu’il s’est surtout tordu de douleur, plus qu’autre chose. Mais bon, c’est ainsi que la presse a cru tenir un bon titre, et, certainement, bien se vendre auprès de ses lecteurs.
Bien évidement, les faits sont tragiques.
Quand bien même il était hospitalisé, Jean-Pierre Richard a été placé en garde à vue, dans le cadre d’une chambre hospitalo-carcérale ; il était donc surveillé, de jour comme de nuit, pouvant, au même titre bénéficier des soins adéquats.
J’ai eu l’occasion d’entendre Jean-Pierre Richard, alors qu’il se trouvait à l’hôpital. A vrai dire, l’échange s’est trouvé très difficile, à plusieurs titres. Tout d’abord, il n’était en France que depuis quelques mois, en provenance des Etats-Unis, mais j’y reviendrais. Ensuite, comme je l’ai déjà dit, il était blessé. Mais, effectivement, c’est surtout son état psychologique qui était délicat. Donc, vous comprendrez que, le tout mêlé, il n’y avait rien de facile dans cette audition.
Audition  qui, d’ailleurs, n’a rien amené, si ce n’est que JPR s’est senti plus  victime qu’auteur.
Une chose pourtant m’avait frappé, lors de cette enquête. Hormis les faits en eux-mêmes, au fur et à mesure que nous retracions le parcours de JPR, il était pour moi évident qu’il avait été « lâché » par sa famille.
Ses parents habitaient tous deux les Etats-Unis. Ils avaient inscrit leur fils à l’Université de Paris X, j’avoue ne plus savoir en quelle spécialité. Et, parallèlement, ils lui avaient donc trouvé un appartement à habiter, non loin de la FAC. Et donc, tous les mois, JPR recevait un virement, sur un compte ouvert à son nom, pour payer son loyer et ses faux frais. Il avait, si mes souvenirs sont bons, une tante, qui habitait non loin de Paris ; mais n’avait aucun contact avec elle. Tout comme avec ses parents, d’ailleurs. Bref, JPR était « seul au monde », dans un pays qu’il ne connaissait pas, et dans lequel il ne connaissait personne, et n’avait aucun contact avec qui que ce soit, parlant à peine la langue française.
Contactés très rapidement aux Etats-Unis, après les faits, les parents n’ont même pas daigné se déplacer. Rien. Il me semble que le père avait invoqué l’état dépressif de sa femme pour ne pas venir.
Se pose alors, pour moi, la question de la responsabilité des parents, en de telles circonstances.
Selon moi, elle n’était pas sans connaitre « l’état » dans lequel il se trouvait ; certes, il est question d’abolition, au moment des faits, du discernement,  et non d’absence totale dans sa personnalité. Là, pour l’avoir vu, même si je n’ai aucune notion en psychologie/psychiatrie, j’émets des réserves.
J’en déduis, et c’est une appréciation personnelle, que les parents de JPR l’ont tout simplement lâché, éloigné, comme pour s’en soustraire, en l’éloignant d’eux ; de sorte, ils n’en avaient plus la responsabilité, pouvant alors se prévaloir de  « ne pas savoir ».
Ces parents-là ne seraient-ils pas, non plus, passibles de poursuites ? Ils ont lâché dans la nature leur fils qu’ils savaient, à mon avis, au minimum, quelque peu « dérangé », et au pire fou !
D’un point de vue juridique,  la justice française a estimé, très justement à mon avis, que le discernement de JPR avait été aboli au moment des faits ; il a donc été jugé irresponsable, et n’a pu être jugé par une Cour d’Assise pour les faits qu’on aurait pu lui reprocher, à savoir le meurtre du jeune Rémy. C’est là qu’est passée une loi relative à la rétention de sureté (07 Février 2008).
Ainsi, les proches de Remy ont pu assister à une audience au cours de laquelle, même s’il est jugé irresponsable, JPR a été reconnu comme étant l’auteur du meurtre de Remy ; et de fait, il sera enfermé en hôpital psychiatrique.
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