On a parfois tendance à oublier pas mal de choses, lorsqu’on a le nez dans le guidon. On ne voit pas que par l’affaire en cours; les filoches, les planques, les écoutes, tous les aléas liés à l’enquête en elle-même. On a conscience de passer à coté de beaucoup de choses, notamment au niveau familial (lire « pourquoi »).
A ce moment-là, on donne tout. Tout, avec un seul objectif: cette affaire qui nous rassemble tous, depuis quelques temps. Trouvé les auteurs, et les mettre à disposition de la justice, et, de préference, hors d’état de nuire. Il y a ensuite cette période de stresse, pleine d’adrénaline, qui précède les interpellations. Plusieurs objectifs liés: interpeller tous ceux qui doivent l’être, trouver des preuves supplémentaires, et surtout qu’il n’y ai pas de blessés chez nous.
Une fois les interpellations passées, là, il faut gazer »; comprenez, il faut bosser; il y a X personnes en garde à vue; c’est le moment de sortir l’affaire. On sait très bien, nous, enquêteurs que, une fois les garde à vue passées, l’affaire n’interessera plus personne. Donc, il faut faire le max. Et, mine de rien, deux fois 48 heures, ca passe très vite puisque, les premieres heures sont consacrées aux interpellations, perquisitions et droits du gardé à vue. Une fois que c’est fait, la garde à vue est empietée d’un quart, déjà. On s’attaque alors au fond du dossier; là, ca dépend; le mec, en face, en général, il veut rien dire. On le sait d’avance. Et pourtant, on essaye de lui faire comprendre que, le mieux, pour lui, c’est encore d’en venir à la vérité. Mais, bien souvent, il n’y viendra pas, préferant s’entêter dans des mensonges très souvent abracadabrants. Quitte à se contredire. J’ai beau lui faire comprendre que, s’il est là, ce n’est pas pour rien, il ne veut rien savoir. 
Au bout du compte, bien souvent, au bout de ces 48 heures, il est deferé. C’est un peu le moment où tout le monde se détend. Tout d’abord lui, ce gardé à vue, parce qu’il sait qu’une partie du plus difficile est passée(oui, malgré ce qu’ils veulent bien avouer, les « bandits » craignent quand-même la garde à vue. Nous aussi, parce qu’on sait que, dans quelques minutes, on pourra prendre un repos bien mérité, trinquer à cette affaire résolue. Donc, on se plait à quelques confidences; un peu comme celles que l’on pourrait se faire sur un oreiller; sauf que là, nous ne sommes pas dans le même lit; pas du même coté, quoi !
Et voilà, les affaires se suivent, ne ressemblent très rarement, et arrive alors l’été. A la fois, je le crains, et à la fois, je l’attend. 
Pourquoi est-ce que je le crains? Parce que je vais rater des moments de vie avec le groupe; des affaires vont certainement arriver, d’autres vont se poursuivre, et je ne serais pas là. Je pense déjà au moment où je rentrerai, et où je devrais « raccrocher les wagons ». 
Mais en même temps… en même temps…. c’est les vacances. Et, mine de rien, heureusement qu’elles arrivent. Rien de tel que de pouvoir siroter un petit apéritif (avec modération, bien sur) en regardant, au second plan, la mer, le va et vient de la marée, les enfants qui courent sur la plage… quoi de mieux que de pouvoir se promener, au soleil, main dans la main avec sa moitié, ou encore de pouvoir parcourir les quelques lignes d’un livre dont on a déjà envie de connaitre la fin (j’y reviendrais dès que terminé)
Mais surtout, quoi de mieux que de pouvoir laisser son téléphone plus de 10 minutes sur une table sans se sentir obligé d’aller voir s’il y a un appel en absence, un message. Et ca, j’avoue, c’est une réelle libération. 
Bref, ne penser à rien d’autre que ce que l’on fait. Bref, les vacances…
Shares
Share This