Je ne voulais pas, mais je me sens obligé de le faire. Quoi ? Eh bien, je fais comme tout le monde ; j’y vais de mes quelques phrases pour raconter Toni Muselin. Qui ca ? Non, je le sais bien ; plus personne n’ignore qui est cet homme souvent décrit, avant tout, « d’origine serbo-croate ». Pour autant, à l’attention des deux ou trois lecteurs qui l’ignorent encore, faites donc un tour sur n’importe quel moteur de recherche ; et vous y trouverez des centaines de pages, articles de presse, ou encore des groupes « facebook » comptant des centaines « d’admirateurs … Donc, voilà que la toile nous présente le nouveau Robin des Bois.
Toni Muselin a réussi la prouesse (pour l’instant, c’en est une) de voler la bagatelle de 12 millions d’euro (je passe les six centaines de milliers d’euro en plus, un détail !) alors qu’il était embauché auprès de la société de transport de fond « Loomis ». Comment ? Pas un coup de feu, pas une menace, rien. Il a tout simplement « déposé » ses collègues (en réalité, il a profité d’une sortie) pour « aller un peu plus loin », et soulager le contenu de son camion. Et le bougre avait vraisemblablement bien préparé son coup, puisqu’il avait coupé les contacts avec sa famille, vidé son appartement, changé d’équipe , …. Bref, tout cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.
Je parlais donc de nouveau « Robin des Bois », sauf que, jusqu’à preuve du contraire, il ne compte pas donner aux pauvres, mais bien garder pour lui. Sauf qu’il ne lui reste là plus grand-chose ; il en prend un coup, le Toni Muselin. En effet, la PJ de Lyon a déjà mis la main sur 9 Millions d’Euro détournés, alors qu’ils étaient, selon la presse,  cachés dans un box loué par le voleur. C’est donc une sorte de héros des temps modernes que l’on nous propose là. Et, à lire Philippe Bilger, avocat général à Paris (voir ici), il a « honte pour la France ».
Bien évidement, en tant que policier, je ne peux approuver un tel acte, dans la mesure où il s’agit bien d’un délit punissable par la loi française. Mais, pour autant, je ne classe pas Muselin dans la même « cour » que nos braqueurs « habituels ». Je ne suis pas fasciné, loin de là ; je le répète, il s’agit d’un délinquant. Pour autant, pour commettre son forfait, il n’a eu besoin ni de violence, ni de menace. Rien de tout cela. Il a juste fait preuve de malice pour préparer son coup. La victime ? La banque de France, la sté Loomis ou encore leur assureur. Une victime qui brasse, chaque année, des centaines de milliers d’euro ; préjudice qui ne sera qu’une ligne comptable, qui n’a rien de concret pour les 99% de la population.
Je ne suis pas d’accord avec vous, Monsieur Bilger, lorsque vous vous dites  scandalisé par « L’insupportable acclamation, sur le Net de ce délit ».  Vraiment, j’insiste, je ne suis pas fasciné, loin de là ; je ne glorifie pas non plus, ni rien de tout cela. Et si je devais enquêter sur cette affaire, j’y mettrai tous les moyens mis à disposition pour retrouver l’homme et le butin. Mais il n’empêche que, même face au délit ou au crime, il n’est pas interdit de réfléchir ; et de se dire que si la société distribuait un peu plus ses richesses, nous n’en serions pas là. Cette impression quotidienne que ce sont toujours les mêmes qui profitent du système, et toujours les mêmes qui triment. Et ce sont ceux qui triment qui voient dans cet acte, plus qu’un délit, un symbole. Ceux-là aujourd’hui se passionnent pour cette histoire. Et en même temps, même si je n’ai pas envie de faire de raccourci simpliste (excusez-moi d’avance), je ne suis pas sur que les hauts fonctionnaires aient, de par leur statut, la capacité de comprendre ce qui a pu lui passer par la tete , tout comme les politiques ou encore les belles âmes qui critiquent cette soudaine « notoriété » ; tous ces gens qui, tous les mois, gagnent bien plus qu’un smic. Moi-même, d’ailleurs, je pense être, en tant que fonctionnaire, un peu moins « fragile » que d’autres le sont (même si… m’enfin bon, bref…) ; il n’est donc pas anormal que vous ayez cette vision des choses très terre à terre, voir très idéaliste d’un monde qui ne se définirait que par le bien et le mal, le blanc et le noir. Ce qu’a fait Toni Muselin n’est pas bien. Son acte est condamnable, et je ne doute pas qu’il le sera tôt ou tard. Mais l’homme, l’être humain, ne peut-il pas comprendre (je ne dis pas banaliser, ou encore pardonner) un tel geste ? Ne peut-on donc pas comprendre ceux qui voient dans l’acte de Muselin une espèce de rêve accompli, un acte qu’ils n’auraient pas le courage de faire, s’imaginant, pour autant, assez facilement à la place de ce convoyeur de fond. Bref, avec beaucoup d’argent, en peu de temps ! Bien évidemment, en tant que policier, j’ai fait le choix de faire autre chose ; travailler. C’est, selon moi, une valeur importante. Mais force est de constater que le travail ne rapporte pas toujours à hauteur de l’investissement. D’autres, donc, n’ont pas pu s’empêcher de traverser la ligne blanche. C’est un choix. J’ai fait un choix, vous avez fait un choix, Toni Muselin a fait le sien. Tout simplement. Et s’il se fait prendre, il passera quelques années en prison. Il assumera ; et j’imagine qu’il a déjà réfléchi à tout ca. Il a donc tranché et choisi de prendre le risque. Peut-être s’est-il demandé ce qu’il avait à perdre !
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