Article publié dans le journal « le monde » – Juillet 2009 :
Autant commencer par là. Avec un nom pareil, la commissaire Dupif aurait pu figurer parmi les personnages du
 Cluedo aux côtés du colonel Moutarde. C’est presque trop beau. La patronne de la brigade de répression du banditisme (BRB), l’une des plus célèbres brigades de la police judiciaire de la préfecture de police, ne prend pas ombrage de cette privauté récurrente sur son patronyme. « Je suis contente de porter ce nom, dit-elle. Il donne confiance aux gens, ça les amuse. »D’ailleurs, ajoute-t-elle, « Mon nez m’a beaucoup aidée. J’ai remarqué que lorsque je faisais autrement que ce que me disait mon nez, je me trompais. » Et puis, allez savoir, « peut-être que si je m’étais appelée autrement, j’aurais fait autre chose »
 Ce sont de belles affaires, comme on dit dans la police, qui ont sorti de l’ombre, malgré elle, Hélène Dupif, 53 ans. Le 23 juin, jour de remaniement gouvernemental, elle exposait sur son bureau aux yeux de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur pour quelques heures encore, un sac rempli de billets – près de 700 000 euros -, des montres, des bracelets, des boucles d’oreilles, des pierres précieuses. Des objets provenant tous du « casse du siècle », le plus gros braquage de bijouterie jamais commis en France – 85 millions de dollars (61,2 millions d’euros) -, chez Harry Winston, à Paris, en décembre 2008. 
Se mettre en avant n’est pas vraiment son genre, et il a fallu toute l’autorité de sa hiérarchie pour la convaincre de le faire. La modestie de la commissaire, qui se déplace à vélo et porte un collier de pacotille, n’est pas feinte. Recevant deux jours plus tard dans ce même bureau, après une nouvelle perquisition, elle s’excuse de ses chaussures poussiéreuses, et salue d’abord « le travail des gars »Son équipe vient de détruire entièrement le pavillon en banlieue parisienne du principal suspect, et a découvert une nouvelle prise : un lance-roquettes dissimulé sous plusieurs couches de cloisons en lambris. « D’habitude, le type qui a une femme et une petite fille de 3 ans, il nous dit où chercher plutôt que de voir sa maison ravagée », peste-t-elle. Hélène Dupif le redit. Ce succès, et d’autres, comme l’arrestation ces dernières semaines de plusieurs membres du gang international de voleurs de bijoux, les Pink Panthers, est collectif. Et pour un peu, elle n’y serait pour rien du tout. Son ami Noël Robin, sous-directeur des services territoriaux de la PJ parisienne, corrige doucement : « Sans l’impulsion du chef, la BRB n’aurait pas eu autant de succès. » La commissaire n’a pas la réputation d’être facile. « C’est vrai, sourit-elle, j’ai très mauvais caractère. Je crie, je n’aime pas être contredite. Et je ne me suis pas améliorée ! » Mais tout, autour d’elle, démontre le contraire : les fleurs, la pile de CD de musique classique, les petits objets souvenirs de sa région natale, la Picardie, les gentils témoignages écrits sur une affiche du 36, quai des Orfèvres quand elle a quitté, il y a un an, la brigade des stups. Jusqu’à ces confidences de proches sur le surnom, « Mme Haribo », que lui ont donné les enfants de ses amis – elle-même n’en a pas – gâtés en bonbons. Ses collègues la décrivent comme« extrêmement affective », et cela se sent. Moins glamour que Martine Monteil, première femme avant elle à avoir dirigé la BRB, Hélène Dupif a dû affronter un monde masculin sans concession qui forge le caractère. « Dans aucun milieu professionnel, la place d’une femme n’est évidente », relativise-t-elle. Les débuts dans la police ont tout de même été rudes. La première année, arrivée dans un commissariat comme inspectrice stagiaire – parce qu’elle avait loupé le concours de commissaire – dans le 5e arrondissement de Paris, il ne lui a fallu que quelques minutes pour comprendre. « On me disait : « Qu’est-ce que vous faîtes dans la police ? Vous feriez mieux d’être juge. » Je n’avais pas pensé que cela pouvait être ainsi. » Les mêmes scènes se reproduisent lorsque, devenue commissaire, elle prend son premier poste dans le 17e arrondissement. « Les inspecteurs m’ont dit : « Mais qu’est-ce que vous faites là ? C’est très dur comme arrondissement. » » Et quand ils allaient en perquisition, elle entendait : « Bon, on va prendre quelqu’un en plus », comme si elle allait poser un problème. « J’ai laissé dire deux-trois vacheries, et je leur ai rentré dans le lard. » Un sourire : « Certains le regrettent encore. » 
Aujourd’hui, Hélène Dupif, à la tête de la BRB, dirige cent hommes et « trop peu » de femmes, trois seulement, répartis en groupes spécialisés dans les braquages de banques et de fourgons, les bijouteries, les oeuvres d’art, les pickpockets, les jeux de hasard ou le trafic d’automobiles. Elle a gravi les échelons à la régulière dans les rangs de la PJ après un petit passage en sécurité publique qui lui a, comme à nombre de policiers, mis en tête son « musée des horreurs ». Tel ce jour de Noël dans les Hauts-de-Seine où un sapin enflammé a fait périr une famille entière : « Tous, sauf la grand-mère. Depuis, il n’y a pas un Noël où je ne pense pas à eux. » Petite, Hélène Dupif accompagnait parfois son père, armurier, aux assises, lorsqu’il participait aux expertises balistiques. « J’aimais bien cette ambiance, ces drames d’êtres humains. C’est très primaire, comme motivation, pour entrer dans la police », s’excuse-t-elle. Elle se souvient de ces odeurs de son enfance, « la graisse des armes, la poudre », tout droit sorties de l’atelier paternel où elle jouait avec ses frères et soeurs. « J’aime bien tirer, mais je ne suis pas une fanatique des armes », précise-t-elle. De cette époque date aussi sa détestation des « gens qui tirent au flanc ». Chez les Dupif, le mot vacances n’existait pas, et l’été, on confiait les enfants à une tante. La commissaire a attendu l’âge de 40 ans avant de s’autoriser à apprendre le piano. Aujourd’hui encore, à 80 ans, sa mère maintient son cabinet de pédicure ouvert. Telle mère, telle fille. « Hélène Dupif est très impliquée dans son travail, elle bosse énormément », apprécie son supérieur, Christian Flaesch, directeur de la PJ de Paris. Il mesure avec satisfaction aussi sa « très grande loyauté »La BRB, qui a vécu de bons moments et des heures sombres depuis sa création en 1975, a vu passer des générations de malfaiteurs, mais Hélène Dupif n’a pas la nostalgie du passé. Elle n’aime pas parler de « grand banditisme », car cela valorise les personnages. Elle préfère évoquer le « sombre banditisme ». « Aujourd’hui, dit-elle, le voyou, attiré par l’appât immédiat du gain, est multicarte ; c’est de la délinquance d’opportunité. On voit arriver des jeunes sans éducation. Ils ne comprennent même pas les questions qu’on leur pose. »« C’est une autre donne. » Pas une raison pour désespérer. « Il faut avoir une vision optimiste de l’être humain. J’aime croire qu’un voyou a du coeur. » Elle cache le sien sous un fichu caractère. Isabelle Mandraud 

Parcours 
1956 Naissance à Amiens (Picardie). 
1984 Premier poste au commissariat du 17e arrondissement de Paris, après avoir réussi le concours de commissaire en 1982. 
1999-2003Chef de la police du métro parisien. 
2004 Est nommée à la tête de la brigade des stups. 
2009 Chef de la brigade de répression du banditisme.
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