85 Millions de dollars de préjudice,
7 mois d’enquête
6 enquêteurs à temps plein
Plus de 45 écoutes téléphoniques,
Plus de 2000 feuillets de procès-verbaux (sans compter les écoutes)
Plus de 8500 heures de travail réparties sur 6 fonctionnaires,
Pour, au final :
32 personnes interpelées,
Environ 1 Million d’euro en petites coupures découverts
Environ 60% de la marchandise retrouvée,
Un fusil à pompe, un lance-roquette, plusieurs armes de poing et leurs munitions, du matériel de surveillance (micros et caméras)
12 personnes présentées au juge d’instruction,
9 incarcérées
Ce sont là quelques chiffres d’une enquête dite « Harry Winston », opus 2, laquelle a fait l’objet d’un vol à main armée le 4 décembre 2008.
C’est donc la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) de Paris, qui a été saisie des faits, pas moins de 14 mois après un premier vol à main armée, commis dans le même commerce.
J’ai eu la chance d’être intégré dans le groupe, et même l’équipe, chargé de l’enquête, une dizaine de jours après les faits. Même s’il n’y a que très peu de moments opportuns, cette « saisine » est tombée alors que d’autres dossiers s’empilaient déjà. Et notamment l’enquête relative au vol d’une bague, au préjudice de la bijouterie « Cartier », bijou d’un valeur de plus de 600.000 euro, sur nos bureaux depuis à peine quelques jours.
Tout le monde était donc déjà bien occupé, lorsque l’appel provenant du service de sécurité de la joaillerie est arrivé. Tout s’est alors enchainé. Ces deux enquêtes ont d’abord été menées de front, avec toutes les difficultés que cela emporte, puisqu’elles ont nécessité, l’une et l’autre, beaucoup d’investissement
C’est au mois de Mars que l’affaire Cartier a été résolue, avec l’interpellation des auteurs. Et c’est bien tombé, puisque cela a permis à toute l’équipe de se recentrer sur « Harry Winston ». Et cela s’est avéré utile, à la vue du déploiement opéré.
Tout s’est accéléré au soir du 25 Avril. A partir de ce moment-là, tout l’équipe a été sollicitée jours et nuits, week-end compris ; nous n’avons passé aucun pont du mois de Mai auprès de nos familles ; tous les jours fériés ont été passé à filocher, planquer, écouter… et cela a continué tout le mois de Juin. Un moment nous a semblé propice aux interpellations au tout début du mois de Juin ; mais, au final, bien que tous les services centraux de la PJ parisienne aient été mis sur le pont (on prévoyait alors pas moins de 150 policiers utiles à toutes les interpellations et perquisitions à effectuer de front) les interpellations n’ont pas eu lieu. Il manquait le petit quelque chose qui fait que….
Et, au final, c’est le dernier week-end du mois de Juin, qui a vu tous les éléments réunis ; des éléments que, à vrai dire, nous n’aurions même pas osé espérer. Tout s’est déroulé mieux que nous n’avions même osé l’imaginer.
Il est vrai que le premier but d’une enquête policière est de retrouver les malfaiteurs. Le « bonus » étant alors de retrouver la marchandise volée.
Depuis le début, j’ai considéré que c’était une chance, pour le policier que je suis, que de pouvoir travailler sur une telle affaire. Et je n’ai cessé de me motiver de cette manière.
Je suis passé par tous les états, toutes les émotions, ces six mois durant.
Plusieurs phases se sont succédé, au cours de l’enquête :
–           Au début, la difficulté, devant le peu de pistes qui s’ouvraient 
–          L’attente, ensuite, à « l’arrivée » des premiers intéressants concrets qui devaient se confirme
–          La multiplication des pistes, allant des voleurs aux receleurs, après être passés par les « donneurs d’ordre »
–          La fatigue ; tous les éléments semblaient réunis, mais il apparaissait difficile de savoir où se trouvait les bijoux, même si nous en avions une idée
La phase d’interpellation/ gestion des gardés à vue a certainement été, pour moi, le moment le plus difficile (physiquement et psychologiquement) de cette affaire, voir même depuis le début de ma carrière. Et en même temps, le plus exaltant, c’est certain.
Joaillerie Harry Winston
Ce fut d’abord l’adrénaline qui a précédé les interpellations (qui sont, quand-même, le fruit de 7 mois de travail continu) ; ensuite, la satisfaction de voir les principaux objectifs interpelés ; puis la déception, alors que nous n’avions retrouvé aucun bijou. Nous en étions alors au premier jour qui a suivi les interpellations. Et ensuite, la joie, partagée par tous, une fois les bijoux retrouvés.  Il ne restait alors plus qu’à « dérouler » ; et il restait encore trois jours de garde à vue (puisque l’on partait sur un régime de 96 heures). Et ces trois journées ont été les plus longues et les plus fatigantes que j’ai connues. Je me vois encore, arrivant au petit matin qui précédait les premières présentations au magistrat instructeur, à numéroter les feuilles de la procédure. Enfin essayer de les numéroter. En omettant certains numéros, en inscrivant plusieurs fois les mêmes. Il faut dire que, nous avons fait 36 heures non stop, au service, à « mettre en page » les procès-verbaux rédigés. Sans une petite heure de sommeil, sans même avoir pris une douche. Il y avait tant de choses à faire, encore.

Et c’est là que l’on reconnait les grands-services de Police Judiciaire. Même si, au départ, nous fûmes 6, à l’arrivée, nous n’étions pas loin de 100. Tout le service a aidé, et pas qu’un peu. Chaque groupe a trouvé un intérêt à ce qui lui a été confié ; des perquisitions, des auditions, des écoutes… sur une affaire dont ils n’avaient que très peu connaissance, et pour cause, ils en avaient suffisamment à traiter eux-mêmes.
Et c’est dans ces instants qu’on est fier, et je le suis, d’appartenir à un tel service. C’est aussi leur raison d’être. Avoir la possibilité de mobiliser plus de 80 personnes en très peu de temps.
Une telle affaire, je crois qu’il n’y en a qu’une par décennie. Et il est bon de pouvoir y participer.
Dans quelques années, lorsque chacun refera le monde avec son passé de policier, je pourrais dire « Harry Winston, j’y étais ».
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