Sidération - Hommage du 15cpp aux victimes des attentats à Paris - Janvier 2015

Mercredi 7 Janvier 2015

En ce jour des enfants, j’assiste à une énième réunion dont la « boîte » a le secret, au sujet d’un quelconque moyen décisif mis à notre disposition dans la lutte – manichéenne – qui nous oppose au reste des citoyens non ordinaires. Réunion matinale, avec tout le gratin, sans même une cafetière réchauffée, sans croissant. L’accueil à froid.
J’ai néanmoins la chance d’avoir un bureau équipé, avec capsules Nespresso, et mug Mac Do de rigueur.
J’y fonce, en me servant un force 8 « à ras bien plein », en désemparant un peu.
Ladite messe commence par un powerpoint d’usage, facepalm compris, dans lequel on nous présente, outre l’organigramme connu, ses multiples tentacules. L’intervenant appartient à l’une d’elles, nous sommes sauvés. Je viens de découvrir une nouvelle ramification.

Ledit collègue, commandant de police, pur produit de la Police Judiciaire, est tout aussi à l’aise de nous présenter l’outil de bureau auquel il tente de nous faire adhérer, qu’il l’a été en le fuyant pendant vingt ans. Dinosaure de la police à papa, on sent que l’outil informatique l’a bouleversé. Au moins, maîtrise-t-il le fond.

Il est rejoint par son chef, sur le tard, lequel s’excuse de ne pas être malade, maladroitement. Sourire carnassier de vieux poulet, à la Jim Carrey jouant « The Mask », bouc en prime. Insupportable, d’autant qu’il est un moulin à paroles, à qui on donnerait bien un euro pour prendre la parole et cinq cent pour la fermer. Le type s’écoute à ce point parler que tu lui espères devenir sourd, rapidement.

Il est onze heures trente, lorsque je vois débarquer à la porte de la salle de réunion, ce vieux commandant de mon étage des morts, avec un masque que je ne lui avais jamais vu. D’ordinaire débonnaire, l’homme est décomposé, il en deviendrait bègue s’il ne l’était déjà. Il appelle d’une main levée, fébrile, le chef de service, qui à sa vue comprend instantanément que l’heure est grave. A le voir nous le comprenons tous. A défaut d’informations verbalisées dans un langage intelligible, chacun rafraîchit la page de son canard préféré, et moi ma timeline twitter.

Lourdement, la sentence tombe, sans appel:
– « Il y a au moins dix morts »
Blanc.
– « Kalachnikov »
Un ange défoncé au crack vient de traverser la pièce.
J’ose un « où ?», presque en priant.
– « Paris 11, boulevard Richard Lenoir, Charlie Hebdo »

Le temps a été suspendu un temps très court, pourtant il m’a semblé interminable. Rien qui n’ait interrompu la diarrhée de l’intervenant, qui gagnerait à se branler un peu moins.
Stupéfait, j’attends la fin de l’intervention, et gagne mon bureau où les chaînes d’infos me décrivent, plus rapidement que ce que l’on veut bien me dire dans ma propre maison, l’horreur de ce qui vient de se passer.
Je ne suis que n’importe lequel d’entre vous quand je réalise, je ne suis personne.
Je tremble et je suis #mortifié, quand, à l’abomination de ce qui vient de se passer, s’ajoute la diffusion de la mise à mort de mon collègue qui se prénommait Ahmed.
Je suis #stupeur car douze personnes viennent de mourir.


@Kaptain_Flam

« Un conseil, ne la regarde pas ».

« Un conseil, ne la regarde pas ».

Voilà quelques heures que l’horreur se répand; j’étais au téléphone, à prévoir tout connement un déjeuner avec un pote de la Crim; mais vite, je comprends que mon copain n’ira pas déjeuner aujourd’hui. Rapidement, le bilan tombe; au moins dix morts, dont deux policiers.

Depuis le temps qu’on nous dit « ça va arriver »; au final, non pas qu’on n’y croyait plus, mais beaucoup se disaient peut-être que ça n’arrive toujours que chez le voisin … Eh bien non !

Cette vidéo … Mon premier réflexe, la télécharger. Si elle est supprimée des réseaux, au moins on l’aura. Il y a un coté naïf, là-dedans … Je la regarde … L’horreur absolue. Mais il n’y a pas le son. C’est chose faite, quelques minutes plus tard …. « C’est bon, chef … ». Il lève la main, en même temps, l’air de dire « t’as gagné ». Mais l’enculé, armé de sa Kalach, avec une telle désinvolture, un peu comme s’il faisait son jogging, tire quasi à bout portant. Ahmed est tombé au combat. Tout comme Franck, chargé de la sécurité des journalistes.

Tout va s’accélérer, pendant encore quarante huit heures. Ces informations qui apparaissent aussi rapidement sur les réseaux, Reims et ces images absolument ahurissantes, de certains médias, au mépris de toute déontologie, mais aussi de la sécurité des intervenants, ou encore de l’enquête. Et puis … Vendredi … Cet appel « des coups de feu porte de Vincennes, un homme armé ». Cette tension qui monte encore d’un cran, puisque, déjà, le GIGN est déployé à Dammartin !

Quelques heures plus tard, ce qui n’avait jamais été fait nulle-part au monde. Un double assaut, mené de front, à quelques minutes d’intervalle, à Dammartin et Paris. Et toujours, cette foutue presse de pacotille, qui diffuse des images opérationnelles, encore une fois dans l’indifférence totale de ceux qui vont au charbon ou ceux qui sont otages.

Au final … Je suis fier de nos forces d’intervention. En un mot comme en cent « Faut en avoir pour avancer sous les balles … vraiment ». Ils l’ont fait. Et, comme toujours, de fort belle manière.

Dimanche; la France se bat pour la liberté d’expression. Pendant ce temps, certains en font n’importe quoi.

Demain, il va falloir réfléchir … Avancer … Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Comment en est-on arrivé là ? Que faire pour éviter, tant que faire se peut, pour que cela ne se reproduise plus.

Chers lecteurs … Souvenez-vous de ce jour … Puisse cet état d’esprit durer … Fort fort longtemps.

@PJ_un_jour

Tweets

La porte de sa chambre s’ouvre … Comme tous les matins, je me lève instinctivement, ma femme m’emboîte le pas. Un câlin et un bisous à ma fille plus tard, je me retrouve à faire chauffer son biberon de lait pendant qu’elle attend sagement sur le canapé.

J’agis presque machinalement. Aujourd’hui je suis en repos, ma fille a école ce matin et ma femme travaille. Un bisous à ma femme, je dépose ensuite ma fille à l’école. Direction le bureau, boire un café, tchatcher avec les collègues. Il n’ y a personne… Je consulte ma boite mail et je remonte chez moi. Un peu de ménage, une douche et…

Comme c’est le cas lorsque je me retrouve moi et ma schizophrénie à la maison, je commence à errer comme une âme en peine. C’est le moment de la journée ou je me dis que seul je ne suis rien. « Prends toi par la main MIK, va faire du sport » et « plonge toi dans le canapé et regarde une série » se bousculent dans ma tête. Il est temps de prendre mon traitement, je déverrouille mon smartphone et j’appuie sur l’application « twitter », je remonte la TL doucement sans en perdre une miette. Ce genre de traitement lourd il faut l’absorber doucement pour l’assimiler.

Un tweet attire mon attention, celui d’un employé de Charlie Hebdo qui explique qu’il est retranché sur le toit du journal suite à l’attaque. Je ne comprend pas. Le deuxième tweet que je vois fait état d’une dizaine de morts. Je ne veux pas comprendre. Le troisième est cette vidéo ou une patrouille de la police fait face à deux hommes armés de kalachnikovs. Je suis abasourdi.

Je finirai la matinée à remonter la TL frénétiquement. L’après midi ne sera guère différente. Mais j’arriverai à poser des mots sur ma colère et sur ma tristesse en discutant avec ma femme. Un cours de boxe en fin de journée sera salvateur. Mon coach très pudique et n’ayant jamais fait état de ma profession devant les autres élèves me tapera derrière l’épaule sans que je n’ai eu à dire mot et en s’exclamant « allez viens MIK, c’est normal que tu sois en colère, viens te défouler !».

Les coups que j’ai reçus pendant cet entraînement m’ont permis de réaliser. Ils étaient nécessaires, je dirais presque qu’ils m’ont fait du bien et m’ont permis d’extérioriser la douleur. En rentrant pourtant je tombe à nouveau dans cette étouffante morosité, jusqu’à me tromper de route. Jusqu’au lendemain …Jusqu’à que je vois les larmes du docteur PELLOUX, qui feront enfin couler les miennes. Mais aussi que je vois dans son regard cette dignité que nous nous devons tous d’avoir.

Vous avez touchés à ce que nous avons de plus cher, l’une de nos libertés individuelles, la liberté d’expression. Pauvres de vous, vous n’avez fait que la renforcer. Regardez-moi, fier lors de ce rassemblement dans ce petit village. Regardez moi en uniforme, observer une minute de silence, chanter la marseillaise en saluant, puis applaudir. Regardez ces gens qui viennent me voir, me remercier. Juste d’être là. Juste de veiller sur eux aux quotidiens et renforcer mes convictions.

A vous, 17 combattants de la liberté.

@M_I_K_40

Sidération

Il est 11h35 environ.
La matinée a été plutôt studieuse au bureau et depuis 5mn, j’ai lancé ma petite veille quotidienne sur le net et les réseaux sociaux, Tweetdeck en prompteur.
Soudain, je me glace. Le point rouge d’@info140 attire mon attention.
Je répète mot à mot le texte. Les collègues entendent.
Sidération.
Recouper, remonter la TL, vérifier sur d’autres sources. Le décompte, annoncé puis démenti. Confirmé.
L’après-midi au ralenti.
Les souvenirs du service militaire, de la caserne où il était interdit d’amener Charlie. Plus loin encore, RécréA2 et Droit de Réponse. Oncle Bernard, Honoré…
La place de la République comme une évidence. Le monde. La nuit.
Le silence.
La peur au ventre. Calcul de probabilité. Et si…
La peur.
Et tout s’accélère. Les copains du 15 sur le pont, les Telegram qui fusent, ridicules et mièvres mais réconfortants. « Prenez-soin de vous… », « Gaffe à vos fesses… », « Alors?… »
On est dimanche, et je suis mort de trouille.

@hpiedcoq




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