Le kangoo blanc de Mik40 sur 15cpp.fr, blof de pjistes

Il y a six ans…

Premier jour…

11H00 : « Micky tu es l’élu! Tu es le plus ancien des gendarmes adjoints à l’unité, au vu de ton expérience le moniteur d’intervention professionnelle (MIP) t’a choisi. Rendez vous 17h30, tenue noire, pare balle et taser… ».

Je sors du bureau comme si de rien n’était mais j’ai envie de hurler de joie. Voilà trois ans que je suis au peloton de surveillance et d’intervention (PSIG) et je rentre sous peu en école de sous-officiers. Je m’apprête à vivre ma dernière mission. Pour me récompenser, mon patron vient de me greffer sur une affaire sensible avec deux sous officiers du PSIG : mon parrain « gendarmique » chargé de mon tutorat et le MIP. Je sais pertinemment que ces deux là ont poussé pour que je sois de la partie et je leur en suis reconnaissant. Un autre élément à joué, le maître-chien est en congés et je suis son suppléant. Il y aura sans doute un chien à maîtriser et j’ai été formé officieusement à cet effet.

17H30 : je suis déjà au bureau depuis 20 minutes, j’ai fait couler du café pour tout le monde. Les sept gars de la Brigade de recherches (BR) arrivent. Je suis toujours un peu admiratif de les voir. Ils sont en civil, décontractés et ils ne s’embarrassent pas de toute la rigueur militaire que l’on s’impose. Quelque soit leur grade, j’ai droit à un « salut grand », une accolade voire une bise et je n’ai pas intérêt à les vouvoyer au risque de les blesser.

Le briefing commence. Le directeur d’enquête prend la parole. Il explique que la « target » a violé une veuve de la gendarmerie lors d’un cambriolage. Il n’en faut pas plus pour que j’ai envie de m’impliquer à 200% dans l’affaire.

La mission est simple. On monte un dispo autour du domicile de l’auteur présumé et quand il sort promener son chien on l’interpelle. Des voitures banalisées sont placées tout autour de l’immeuble. Quatre véhicules au total. La hiérarchie se refuse à une interpellation domiciliaire car l’individu a dérobé des fusils lors du cambriolage. Un niveau trop élevé pour le PSIG, l’interpellation pourrait être réalisée par le peloton d’intervention inter-régional (PI2G) mais il est indisponible.

Pour ma part, je suis le seul avec le MIP a être en tenue d’intervention. On m’explique que je serais confiné à l’arrière d’un Renault Kangoo et qu’au « top action » notre chauffeur en civil nous projètera sur la target d’un coup de pédale. Ça sera à notre tour de faire le taf, à savoir bondir du véhicule par les portes arrières, interpeller l’individu et maîtriser son berger Allemand.

Après une heure de route, balloté de tous les côtés à l’arrière de ce Kangoo de société nous arrivons sur site. On se place sur un chantier proche de l’habitation. Nous avons une vue directe sur l’immeuble et sur la fenêtre de la cuisine de l’individu.

Notre voiture, de couleur blanche, sérigraphiée au nom d’une grande entreprise de travaux public passe inaperçue. On a des bouteilles vides si l’envie de pisser se fait sentir. Si c’est pour le reste on a des blousons de chantier pour se faufiler ni vu ni connu. Je suis impressionné par le matériel mis à notre disposition. Le gars de la BR me refroidit de suite et m’explique que tout le matos est prêté par la section de recherches.

L’attente…

21H00 : cela fait deux heures qu’on est en place. Je me sens un peu tendu, je sais qu’à tout moment je vais intervenir et faire usage de la force. Mon collègue MIP bien plus expérimenté est impassible. Les deux gars de la BR sont détendus. Ils nous l’ont clairement expliqués, ils sont rassurés qu’on se charge de l’interpellation et peuvent ainsi se concentrer sur leur enquête et la longue garde à vue à venir.

21H30 : le mec de la BR a les zonz (écoutes téléphonique) de la target en quasi direct sur son portable. Il met le haut-parleur : »ouais, coucou maman, ça va, j’ai mangé du confit […] je vais pas tarder à aller au lit. Bisous. ». Peu de temps après la lumière de la cuisine s’éteint ! Putain, le mec n’est pas sorti faire pisser le chien.

03H00 : « Mik, tu ronfles gros sac ! ». Je réfute cette accusation lancée par le MIP. Les deux gars de la BR confirment. Beau joueur je reconnais… Je me suis endormi. Il faut que je tienne le coup, je ne peux pas me permettre de passer d’une phase « sommeil » à une phase « interpel », je n’aurais pas assez de lucidité. Quelques heures plus tôt le patron de la BR est passé à pied, il a balancé un jambon emmental pour tout le monde et un thermos de café par la fenêtre de la bagnole. Je mange un morceau et je bois un peu de café. La suite de la nuit est faite de somnolence et de veille mal éveillée.

06H00 : je suis impressionné par notre conducteur. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Cela fait 24h qu’il n’a pas dormi et pourtant il reste impassible l’œil rivé sur l’immeuble. Très impliqué dans l’enquête, on sent qu’il en a fait un devoir. Je me demande comment il va tenir après l’interpellation pendant sans doute 48 heures de GAV avec guère plus de sommeil.
On s’est pas mal ennuyé au cours de cette nuit mais au final, on a refait nos guerres, ça a contribué à passer le temps. On s’est même marré à un moment quand la BAC locale est passée à deux mètres de nous sans nous voir.

12H00 : on est rincé. On se demande comment ce chien fait pour se retenir de pisser. Au cours de la nuit le dispositif a été allégé à deux véhicules. Le téléphone sonne, le commandant de la BR explique que le PI2G est en route. Une seule voiture reste sur zone, retour dans la brigade la plus proche pour nous.

12H05 : « de BR, individu sort de l’immeuble, rejoignez nous ! ». La radio crépite, branle-bas de combat, demi tour on retourne sur zone à toute vitesse. En bas de l’immeuble, les quatre gars restés sur place ont fait le taf. Approche de la target en civil au moment du pipi du chien, interpellation en douceur. Seul le berger allemand n’apprécie pas de voir son maître entravé. Mon parrain le tient à distance avec sa matraque télescopique. Je sors du fourgon avec la manchette et le lasso et je le maîtrise sans difficulté.

Le directeur d’enquête demande au gars pourquoi il n’est pas sorti de chez lui pendant presque 24 heures.

Réponse implacable : « j’attendais que la voiture blanche dégage ».

 

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