Mon titre, s’il apparait « agressif », est volontairement provocateur. En effet, alors que je suis tranquillement devant mon ordinateur, à écrire ces quelques lignes, un de mes collègues de Vitrolles se trouve toujours, selon l’expression médicale « entre la vie et la mort »; pour certains, dans un état « désespéré ». Et tout ça pour? Un cambriolage au butin « misérable« .
Voilà donc des mecs qui montent au casse armés de Kalachnikov.
Autrement dit, une arme de guerre, un fusil d’assaut, considéré par certains comme la meilleure arme individuelle jamais conçue (1945), caractérisée par son chargeur dit « courbe ». Je l’écris à nouveau, pour être sur que tout le monde a bien lu « ARME DE GUERRE ». Et ce n’est pas moi qui ai choisi cette classification
kalachnikov
Habituellement, nous, policiers, avions à faire à ce type d’arme sur des affaires de grand banditisme, comme les braquages de fourgons, ou de centre-fort. La « voyoucratie moyenne » se « contentant » d’une arme de poing, type revolver. Et encore, lorsqu’elle était armée. Surtout pour un cambriolage.
C’est à l’occasion de ce type de fait divers que l’on s’aperçoit que la délinquance, disons même la criminalité, se radicalise. Kalachnikov, fusils à pompe, ne sont plus rares, et circulent en nombre.
Et, non seulement ils circulent, mais ils sont utilisés. Il arrive même que l’on trouve des lance-roquette!
De telles armes sont accessibles pour deux mille euro! 
On le savait déjà, la police ne fait plus peur. J’en reviens là à mon billet du 31 décembre 2009;  je vous parlais de ce policer, qui avait été renversé de manière volontaire, par deux cambrioleurs en fuite, en Seine et Marne (l’un des protagonistes ayant été libéré, sous contrôle judiciaire, la semaine passée). On peut également citer cet autre fait dramatique, qui s’est déroulé à Bourges il y a seulement quelques semaines, au cours duquel, là encore, une policière était tuée. Et ce ne sont là que les faits divers qui ont un retentissement national, puisque aboutissant à une issue tragique. Combien de policiers, toutes les semaines, sont pris pour cibles, par des voyous qui n’ont aucun état d’âme? C’est bien de cela, dont il est question; donc, non seulement, la police ne fait plus peur, mais désormais, les malfaiteurs n’ont plus aucun état d’âme quant aux moyens à mettre en oeuvre pour s’échapper! 
Il y a quelques semaines, je posais alors la question de la légitime défense dont peuvent faire état les forces de l’ordre, et du fait qu’il faudrait peut-être envisager de l’élargir quelque peu; il ne s’agit pas non plus de se lancer dans une guérilla urbaine. On pourrait, tout du moins, ouvrir un débat. Je pense, notamment, aux gendarmes qui, eux, peuvent ouvrir le feu dans des circonstances un peu moins restrictives. Ces circonstances sont explicitées à l’article  L2338-3 du Code de la Défense, rédigé ainsi: 

Les officiers et sous-officiers de gendarmerie ne peuvent, en l’absence de l’autorité judiciaire ou administrative, déployer la force armée que dans les cas suivants :

1° Lorsque des violences ou des voies de fait sont exercées contre eux ou lorsqu’ils sont menacés par des individus armés ;

2° Lorsqu’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent, les postes ou les personnes qui leur sont confiés ou, enfin, si la résistance est telle qu’elle ne puisse être vaincue que par la force des armes ;

3° Lorsque les personnes invitées à s’arrêter par des appels répétés de  » Halte gendarmerie  » faits à haute voix cherchent à échapper à leur garde ou à leurs investigations et ne peuvent être contraintes de s’arrêter que par l’usage des armes ;

4° Lorsqu’ils ne peuvent immobiliser autrement les véhicules, embarcations ou autres moyens de transport dont les conducteurs n’obtempèrent pas à l’ordre d’arrêt. Ils sont également autorisés à faire usage de tous engins ou moyens appropriés tels que herses, hérissons, câbles, pour immobiliser les moyens de transport quand les conducteurs ne s’arrêtent pas à leurs sommations. »

Ne devrait-on pas élargir ce texte à la Police Nationale? Comment différencier l’usage des armes à deux forces qui oeuvrent pour la même chose, qui plus est, désormais, sous le même ministère!
Je vous renvoie, pour parfaire votre avis sur la question, au blog « Paroles de juge« , lequel, dans un billet de 2010, traitait du sujet.Vous pourrez constater que, même pour les gendarmes, rien n’est évident. 
Peut-être serait-ce l’occasion, pour les parlementaires et/ou le Gouvernement, d’ouvrir un débat qui amène la mise en place de règles communes aux deux forces. Un texte qui place le malfaiteur armé, ou qui’hésite pas à mettre la vie d’autrui (citoyen ou policier) en jeu, face aux responsabilités qui sont alors les siennes.
SIG SAUER SP2022
Pour compléter le thème abordé, je vais également faire état de ce que j’ai pu entendre ou lire. D’aucuns demandent à ce qu’une arme longue, de type fusil à pompe, soit en dotation dans tous les véhicules de police en patrouille. Ce qui permettrait, pour le moins, de pouvoir lutter un peu plus efficacément contre ce genre d’enc… d’enfoirés qui font feu sur des policiers qui n’ont, à ce jour, pour seule arme, qu’un SIG SAUER SP2020, avec 30 cartouches, en dotation individuelle .
Je précise que des armes dites « en dotation collective » (dont fait partie le fusil à pompe) sont effectivement présentes dans les armureries des services de police, mais  leur simple « sortie » se fait dans le cadre de circonstances d’intervention particulières (interpellations à domicile d’un homme réputé dangereux, par exemple). 
Un fusil à pompe dans tous les véhicules d’intervention, sur le principe, pourquoi pas? Mais cela amène d’autres difficultés; cela signifie que, à chaque intervention, un policier doit rester au véhicule pour « surveiller » l’armement long. En effet, je ne vois pas les policiers intervenir pour un tapage nocturne avec un fusil à pompe à la main! 
Ceci amène cela; tout ça pour dire qu’il n’est pas rare (et c’est même fréquent, voir suggéré par le Président de la République lui-même) que les véhicules de Police ne soient équipés qu’à deux fonctionnaires. Et dans la période de RGPP à laquelle nous sommes soumis, il ne m’apparaît pas raisonnable de penser que les choses vont changer. Bref, il est impossible d’engager une intervention de Police à un fonctionnaire seul, l’autre restant au véhicule.
D’une manière générale, il ne s’agit pas de légiférer à la suite d’UN fait divers, mais plutôt de s’adapter à l’ évolution de la criminalité!
Je ne parle pas non plus de créer de nouvelles infractions, ou d’alourdir les peines; l’arsenal répressif étant existant, l’article 221-3 du Code Pénal (modifié par une loi du 17 Mai 2011) est ainsi édicté:

« … lorsque l’assassinat a été commis sur un magistrat, un fonctionnaire de la police nationale, un militaire de la gendarmerie, un membre du personnel de l’administration pénitentiaire ou toute autre personne dépositaire de l’autorité publique, à l’occasion de l’exercice ou en raison de ses fonctions, la cour d’assises peut, par décision spéciale, soit porter la période de sûreté jusqu’à trente ans, soit, si elle prononce la réclusion criminelle à perpétuité, décider qu’aucune des mesures énumérées à l’article 132-23 ne pourra être accordée au condamné « .

Et vous, qu’en pensez-vous? 

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