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Voilà deux semaines, je vous expliquais ce que pouvait être un flic; pour le moins, qui il était, à l’intérieur.
Dans la continuité, j’ai eu envie de vous dire ce que n’était pas un flic.
L’objectif est double: mettre à mal certains clichés véhiculés, mais aussi, de manière plus directe, dénoncer les attitudes qu’ont certains, vis à vis des policiers qu’ils croisent, dans leur environnement personnel ou dans des situations de la vie courante.

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Un flic n’est pas dépositaire de la politique de sécurité menée par le ministre de l’Intérieur en place

Je n’en suis pas plus dépositaire de la politique menée par M. Manuel Valls, que je ne l’étais avec Nicolas Sarkozy. Il faut bien être conscient que, chacun, dans la tâche qui est la nôtre, nous accomplissons notre tâche dans un service dédié. Lequel a, lui-même, une mission bien  spécifique; que cela soit des interventions de Police Secours sur dans une circonscription, ou dans un service spécialisé face à un type de délinquance spécifique. Les services sont aussi nombreux que les missions sont disparates.
Chaque nouveau ministre a son lot d’idées nouvelles, réorganise certains services, et crée d’autres… parfois-même utilise des anciens, avec un nouveau nom … Mais nous, fonctionnaires, les flics que nous sommes, obéissons à notre service d’emploi. Lequel, bien sur, va dans le sens de la politique ministérielle. Mais, en aucun cas, les policiers ne sont responsables de la ligne politique ayant cours. Donc inutile de se déverser sur la politique de sécurité. Si nous en sommes acteurs, nous n’en sommes pas responsables.
Je ne compte plus les soirées auxquelles j’ai participé et au cours desquelles j’étais fautif de tous les dysfonctionnements policiers, devant passer mon temps à me tenter de justifier l’action du Ministère tout entier …

Un flic qui dresse une contravention, ne le fait pas parce qu’il n’a « ça à foutre plutôt que de s’évertuer à interpeller les voyous, les meurtriers et « les mettre en prison ».

 Là encore, chaque policier se voit attribuer une mission bien particulière, qui correspond à une nécessité de « service public » ou de « sécurité ». Même s’il est difficile de nier le zèle de certains, il est des services qui sont spécialisés dans la police de la route. Et c’est donc de leur devoir de vérifier les permis de conduire, certificats d’immatriculation et autres papiers où conditions de circulation d’un véhicule. Même s’il peut vous paraître qu’il est plus facile de « taper dans le portefeuille » de l’automobiliste que du trafiquant de cannabis local. D’abord, c’est une réalité, mais ensuite, le but poursuivi n’est pas le même. Ce n’est pas parce que l’on priorise la lutte contre les trafics souterrains, que l’on doit laisser de coté la sécurité routière.

Un flic n’a pas pour seul objectif que de contrôler à plusieurs reprises la même personne… de préférence dans la même journée, juste pour l’emm… l’embêter

Vous l’aurez compris, je cible, ici, les contrôles d’identité. Sujet, ô combien sensible. Si je comprend qu’on puisse être « fatigué » d’être contrôlé fréquemment, il faut aussi comprendre les policiers, qui sont obligés de cibler leurs contrôles. Ils n’auraient aucun intérêt à contrôler une grand-mère qui va faire ses courses en pleine campagne. Et, tout naturellement, les contrôles s’exercent donc là où se trouvent nombre de délinquants, notamment dans les cités sensibles, et sur certaines classes d’âge, sur des individus ayant un certain comportement. Ce qui ne signifie en rien que, pour autant, tous ceux qui vivent dans une cité sont des délinquants en puissance. Mais si l’on savait à l’avance qui est délinquant et qui ne l’est pas, cela serait facile. Et c’est loin d’être le cas.

Un flic, dans une voiture qui vous dépasse, avec le gyrophare, dans les bouchons, là aussi, ce n’est pas parce qu’il va prendre l’apéro, ni parce que la fin de service approche

Il y a foultitude de raisons qui peuvent faire qu’on use de ce système qui est, il faut l’avouer, un privilège. ET c’est la raison même de son existence, et son utilisation.
Bien évidemment, la première raison, c’est l’intervention en urgence… un accident, un braquage en cours (bien que…), une agression…. mais ça peut aussi être un « péjiste » qui, d’urgence, doit se rendre sur une surveillance importante. Soyez bien conscients que ceux qu’il nous arrive de surveiller ne nous attendent pas pour poser sur la photo. Imaginez qu’il faille se rendre sur un rendez-vous, pour surveiller des objectifs tout en respectant toutes les règles du code de la route. Le « deux tons » peut aussi être utilisé lors de la présence d’un détenu à bord. Il s’agit-là d’une mesure de sécurité, puisque l’on estime que moins longtemps nous serons sur la voie publique, fragilisés par la présence du détenu, mieux cela sera.

Un flic qui doit faire usage de la force de le fait pas par plaisir 

La violence n’est une solution à rien, et n’intervient toujours qu’en dernier recours. Que l’on soit policier ou non. Elle n’est toujours qu’un moyen de défense. Y compris pour le policier. JAMAIS elle n’est de la volonté du policier, ni même préméditée. Il est une réalité: si une personne devient violente, ou ne se laisse pas interpeller, la réaction du policier ne peut être dictée par la seule formation théorique qu’il a reçue; si la personne ne se laisse pas faire, on agit bien souvent « comme on peut ». Il n’est pas forcément aisé de mettre les techniques enseignées en pratique, à l’instant T. Il est alors question de réactivité, de réflexes, d’efficacité … J’ajoute que si les policiers sont plusieurs à interpeller un seul, ce n’est pas par lâcheté. Il ne s’agit pas là d’un concours de muscles où on verra, à la fin, qui est le plus fort ! Il n’y a que le résultat qui compte. Que l’objectif soit maîtrisé.

Un flic, ce n’est pas un « pote » qu’on n’appelle pour faire sauter le dernier excès de vitesse qui risque de faire passer le permis de conduire à la trappe 

Si je puis dire, « il fallait y penser avant ».
Dire que cela n’existe pas serait un gros mensonge. Maintenant, il est une autre vérité; les passe-droit sont de moins en moins possibles puisque de nombreuses infractions sont désormais informatisées dès le début, sans intervention humaine, à partir du moment où l’immatriculation d’un véhicule en infraction est enregistrée. Tout est électronique, jusqu’à ce que le facteur dépose le pli fatidique dans votre boite à lettres.
Donc, dans votre répertoire téléphonique, classé à l’entrée « SOS prune », définitivement… ce n’est pas ça, un flic !

Un flic, ce n’est pas non plus le copain (parfois, même pas) qu’on appelle, le samedi soir, parce que le voisin se fait un pétard sous la fenêtre, et qu’il faut démanteler, tout de suite, le trafic de stupéfiants international qui sévit…

Il faut bien être conscient que nous avons tous, chacun en ce qui nous concerne, une mission bien précise. Des enquêtes judiciaires que l’on nous a ordonné, les interventions urgentes sur la circonscription sur laquelle nous sommes affectés … Bref, je ne vais pas « sortir mon flingue » pour aller voir le voisin, la placer en garde à vue pour les deux années à suivre, ni même lui demander d’aller fumer un peu plus loin …
Le mieux à faire, sur un conflit de voisinage sera toujours d’appeler le commissariat ou la gendarmerie locale qui sera la plus à même d’intervenir s’il le faut, fonction, bien évidemment, de ses moyens et des contraintes courantes, qu’il ne faut pas ignorer.

Un flic, ce n’est pas celui qu’il faut montrer du doigt aux enfants, en leur disant « si tu n’es pas sage, il va te mettre en prison ». 

A cet âge là, bien au contraire, les enfants doivent avoir pleine confiance dans les policiers qu’ils croisent, et se dire que s’ils ont un jour un problème, ils pourront s’adresser à un policier et avoir toute confiance en lui. La première mission du policier, c’est aider.
Je me suis toujours défendu de ce qu’un parent pouvait me représenter comme un empêcheur de faire des bêtises en rond. Ma première mission, c’est de défendre. Et celle des parents, de s’occuper de l’éducation des enfants, et définir quels sont les interdits, et les éventuelles « sanctions ».

Enfin, et cela me tient à cœur,

un flic, ce n’est pas un « fonctionnaire »… 

… en tous les cas au sens péjoratif du terme.

La majorité d’entre nous ont soit des horaires dits décalées (avec des cycles matin/après-midi) ou alors, s’ils sont en cycle hebdomadaire, comme le sont les enquêteurs, c’est qu’ils font des heures supplémentaires dont la majorité ne sont ni payées ni récupérées.
Le seul avantage dont bénéficie le policier en tant que  « fonctionnaire » c’est, il faut le reconnaître,  la sécurité de l’emploi. A cela un petit bémol… contrairement à un fonctionnaire employé dans une mairie, une administration centrale….. Le policier peut, en quelques secondes, avoir sa vie entière sens dessus dessous. Une rixe au cours de laquelle il est lui-même blessé, ou, inversement  au cours de laquelle il blesse quelqu’un, et sa vie bascule. C’est la double peine; plus d’emploi, plus de salaire, et peut-être même un passage par la case prison …  Tout peut basculer en quelques secondes.
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Vous l’aurez compris. Le métier de policer, de flic, n’a rien, en tant que tel, de normal. Ce que nous faisons, au quotidien, n’est, la plupart du temps, pas ordinaire. C’est bien là que se situent les difficultés. Dès lors, il ne s’agit pas de voir, par la présence d’un flic dans votre entourage, quelqu’un qui peut vous procurer des avantages. Mais pas non plus des inconvénients.
Les policiers ne sont, avant tout, que des hommes. Et, en cela, ils sont comme tout le monde. Avec des forces, des faiblesses. Encore une fois, pas mieux, mais pas moins bien non plus.
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