C’est une quinzaine bien longue, qui s’achève ; et une semaine de congés ne sera pas de trop.
Elle avait pourtant bien commencé, cette quinzaine. Et elle se finit sur les chapeaux de roues. Je me vois encore, lundi matin, aux abords du péage. La voiture devait venir, et être interceptée. C’était prévu comme ca. Comment pouvait-il en être autrement ? Et me voilà, deux heures plus tard, dans un quartier du Val de Marne. Ce n’est plus le même objectif. J’attends. Dès qu’il sort, il doit être interpellé. Oh, pas un « gros méchant », non, juste celui qui a « vendu » le coup aux braqueurs.  Casier presque vierge, à priori pas violent, bref, ca va se passer tout seul. Une demi-heure après qu’on soit arrivés sur place, il sort, et entre dans sa voiture. L’interpellation est décidée. Le moteur se met en marche, et, sans même le vouloir, j’arrive face à lui avec ma voiture. Nous sommes à quelques mètres l’un de l’autre. Et là, je pense qu’il voit, dans son rétroviseur, le piéton qui s’approche de lui. Brusquement, les pneus se mettent à crisser. Toujours face à lui, je décide de me mettre en travers de la route ; il ne doit pas passer. D’autres voitures vont arriver derrière, et il ne pourra pas faire demi-tour. C’était donc sans compter son 4×4 Jeep Grand Cherokee. Il n’hésite pas à percuter mon véhicule. Il roule comme un malade, sans même regarder ceux qui tentent de traverser la route, aux alentours. Du coup, il est très vite perdu.
Trois heures plus tard, le revoilà. On le retrouve, dans Paris. S’en suit une petite filature, mais c’est tendu. Et les autres véhicules policiers ne viennent pas; en tout cas, pas assez rapidement.  Le 4×4 accélère. Il faut rapidement prendre une décision. On est « léger », mais il faut essayer quelque chose. On ne sait pas quand on aura à nouveau une opportunité. Allez, on tente. A ce moment-là, il est arrêté au feu.  Le premier véhicule passe devant, et bloque sa progression. Le second, dans lequel je me trouve, vient immédiatement derrière lui, de sorte qu’il ne puisse pas bouger. Je commence à sortir du véhicule, pour me porter à sa hauteur, et lui intimer l’ordre de couper son moteur. Encore une fois, il nous surprend. Là, il fait une grosse marche arrière, et défonce le véhicule arrière; et ma tête heurte le montant de la portière. Je tente quand-même la sortie, je cours vers lui. Et là, il fait une marche avant, et défonce le véhicule devant lui. Et poursuit sa route. Une fois de plus, il ne fait aucunement attention à l’environnement ; les autres véhicules, les passants. Il ne voit rien. Ou plutôt, sa fuite passe avant tout le reste.
Finalement, il abandonne son véhicule non loin de là, et s’engouffre dans le métro. Heureusement on va très vite savoir où il va. Il a un rendez-vous. Mais là, il est à pied. Et on l’attend. Très patiemment, on l’attend.
Au final, il est interpellé. Cette fois-ci, il n’avait pas de carrosserie pour l’aider à fuire. Tout finit bien. Il n’y pas de blessés, au moins. Et puis, depuis hier soir, il dort en prison. Quand à moi, je prends quelques jours de vacances.
Mais c’est ce que j’aime, dans ce métier. On ne sait pas de quoi va être fait la journée. 
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