C’est un peu triste, ce soir, que j’écris ces quelques mots.
Voilà quelques mois… que dis-je – le temps passe – quelques années, que je me laisse aller à la blogosphère, ou encore sur les réseaux sociaux. Tout ce temps pour tenter de dépeindre ce qu’est mon métier, montrer que nous policiers, ne sommes pas si loin des citoyens que nous devons protéger  et que, d’ailleurs, nous sommes, avant toute chose.
Montrer que nous ne sommes qu’humains, finalement; professionnels, certes. Mais humains. De fait, avec des défauts. Et, j’ose espérer  quelques qualités. J’insiste, mais finalement, ni mieux, ni moins bien que d’autres. Pareils. La seule chose que nous avons, c’est une éspèce de procuration de l’Etat, d’agir en son nom, selon les textes que nos représentants ont voté.
Par ma présence, j’essaye, en quelque sorte, de dépeindre mon environnement d’une manière différente que ce peuvent en raconter les journalistes, en général les seuls ayant accès à une partie de ces données.

Et pour cause, rien n’est mieux dit que lorsqu’il l’est de l’intérieur, par celui qui vit l’évènement.
J’ai commencé par un blog, et j’ai continué via le microblogging « Twitter ».
Plus le temps est passé, moins je me suis senti seul .Je me suis fait la remarque, il y a peu; j’étais le premier à critiquer magistrats, avocats et autres journalistes. Ils représentent désormais 70% des gens avec qui je suis en contact via ces réseaux sociaux; Oh, je n’en connais, IRL, comme l’on dit -comprenez In Real Life – que très peu. Ce n’est pas faute d’en avoir envie… Et, jour après jour, échange après échange, on apprend un peu à se connaitre .Tantôt au travers d’un sujet personnel, la plupart du temps au travers d’un fait divers que nous commentons, et parfois, par le biais des commentaires que nous faisons tous sur nos professions respectives.
Puisque, finalement, c’est là que se trouve l’échange, le vrai. parler de ce que l’on connait, des difficultés rencontrées. De l’autre coté, le twittos, qui, peut-être comme moi, avait quelques idées préconçues et qui, au fil des discussions, comprend les difficultés « d’en face ».
Le ton est différent chaque jour; l’humour, la colère, l’ironie. chaque jour, et chaque interlocuteur sont différents. Question de caractère, aussi. Parfois même chamaillerie; et je ne suis pas le dernier.
Il y a quelques temps, j’aurai dit « c’est de leur faute… », pour ne parler, finalement que de manière corporatiste. Aujourd’hui, je dis « qu’est-ce qui a pu conduire… » ; oh, j’en arrive parfois à la même conclusion. Mais pas toujours.
Policiers, gendarmes, magistrats, avocats… faisons partie d’une chaîne extrêmement complexe.
Une société idéale voudrait que toute cette chaîne fonctionne à la perfection. que les rouages soient huilés, et que le tout soit à plein régime… constamment, tout le temps.  Mais nous sommes tous humains, avec, parfois nos erreurs, mais aussi nos difficultés respectives, qu’elles soient personnelles ou professionnelles.
Toutes ces petites raisons qui font qu’un jour ne ressemble jamais à un autre. Que l’on apprécie les bons jours comme l’on déteste les mauvais.

Bref, je m’étend…. je m’égare, même.

Mais je me sens enrichi, au contact de toutes ces connaissances, aussi, puisque j’apprend, au quotidien, ce qu’est leur vie, mais surtout quelles sont leurs contraintes et leurs difficultés. J’ose espérer que eux, derrière leur écran, ressentent, au moins un tout petit peu, la même chose.
Tout cela n’empêche pas les désaccords, qui peuvent parfois être profonds. Mais toujours respectueux.
Mais au moins, on essaye de se comprendre; bref, même si on ne se voie pas, on communique.

Pourtant, nous rencontrons une difficulté. Tous, autant que nous sommes, magistrats et policiers, relevant du pouvoir que nous délègue  chacun en ce qui nous concerne, l’Etat, devons nous imposer un devoir de réserve. Quelques lignes de recherche me font découvrir qu’en fait, ce devoir, nous est imposé depuis 1935, et qu’il est, en fait, issu de la jurisprudence. Bien que repris, pour ce qui me concerne, dans le Code de Déontologie de la Police Nationale, issu de l’article 11 du Décret du 18 Mars 1986, lui portant création.

Bref, nous devons donc faire attention à ce que nous disons, aux opinions exposées.

En 1986, Twitter n’existait pas; je ne parle même pas de l’an de grâce 1935.
En ces temps, n’existait pas, non plus, l’anonymat qui confère à celui qui parle, une sécurité, une distance, sans pour autant qu’il soit dans l’obligation de renier ce qu’il est, sa profession, information qu’il serait alors censé porter un peu comme une croix, un boulet… une honte, dont il ne faudrait parler à personne.

Twitter et les blogs permettent à tout un chacun de s’exprimer, tout en permettant de mettre en avant, ou du moins de ne pas le cacher, ce qu’il est, ce qu’il fait.
La seule condition nous nous imposons tous: Pas de noms, pas ou peu de précisions géographiques. De sorte à ne pas mettre à mal une affaire dont nous aurions connaissance, ainsi, et surtout, ses acteurs.

Et voilà qu’un journaliste (est-ce bien la bonne appellation?), qui avait du temps à perdre (c’est comme cela qu’il se décrit lui-même), vient remuer tout ça, pour faire le « buzz ».Ce journaliste descend dans la fosse pour « dénoncer » deux professionnels évoquant leur quotidien. Non sans humour, d’ailleurs, et c’est même ce qui tend à rapprocher de telles fonctions du citoyen « lambda ».
On reproche tellement souvent aux policiers, comme aux magistrats, d’être dans leur tour d’ivoire.
Imaginez un peu les horreurs auxquelles nous faisons face tous les jours. Vols, viols, meurtres, alcool, drogue… Mais sans l’humour, la dérision… ou serions-nous?
Que ferions-nous, sans mêler cette distance à ce quotidien finalement si tragique?

En voilà deux, donc, qui ont voulu en descendre, de cette tour, pour se mêler à  la foule. Plutôt que de dépeindre une situation glauque, ils ont pris un ton humoristique pour évoquer une affaire qui leur revenait. Encore une fois sans aucun détail permettant d’identifier la dite affaire.
Ce qui n’a, et j’insiste, à aucun moment remis en cause leur travail puisque chacun est donc resté à sa place, dans le rôle qui est le sien. Cette affaire s’étant, de fait, déroulée, comme toutes les autres, jour après jour, sur tout le territoire français, sans incident.

Voilà donc un homme qui pense qu’il serait interdit de penser. Ou du moins de dire ce qu’on pense, même anonymement, sur un ton autre que grave, limite depressif!
A quand la lobotomie qui nous empêche directement de penser?

Mais j’en veux encore plus à cet homme qui, en plus, s’est permis de livrer en pâture – il n’y a pas d’autres mots – les identité de ceux qui se voulaient anonymes.

Monsieur Dewitte, vous n’avez rien compris. Rien. Aujourd’hui, j’ai pu lire ce commentaire qui trouve là tout son sens: hier, les magistrats voulaient censurer la presse; désormais, c’est la presse qui censure les magistrats ».
Votre article est juste contre-productif; A contre courant de la société.

Devant ces faits, j’ai pensé à m’auto-censurer, à me limiter, comme certains.. mais à y réfléchir  je n’ai rien à me reprocher. Je n’ai donc aucune raison de me cacher. J’assume ce que j’écris, en faisant attention, toujours, à ne pas nuire, ni à mon institution, ni, directement, à mon travail, et aux enquêtes auxquelles il m’est donné de participer. Bien au contraire, mon but est de défendre l’institution et le travail que je suis fier d’accomplir tous les jours.

Pour finir, amis lecteurs, je ne peux que vous conseiller cette lecture: rassurez-vous. Si vous avez tenu jusqu’ici, il vous sera bien plus facile de lire ces quelques lignes.

A deux twittos qui n’ont toujours fait que respecter la noble profession qui est la leur. 

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