virginie bianchi avocate

 

Chers lecteurs,

Si vous connaissez notre goût prononcé pour l’écriture, nous n’en gardons pas moins à l’esprit notre rôle premier, celui d’enquêteur !

C’est pour cela que, lorsque nous avons découvert qu’une directrice de maison centrale était passée du côté obscur, en rejoignant le banc du Barreau – pour courir les prétoires en robe – nous n’avons pu résister à la tentation de la placer en garde à vue.

Pour ce faire, et mener à bien cette mission, j’ai décidé de m’entourer de mon ami @johndospesos, intermittent de la justice, expert en interrogatoires difficiles. Et bien entendu d’agir sous le contrôle et avec le renfort des OPJ les plus borderline du moment, @Kaptain_Flam, @Hpiedcoq et @PJ_un_jour .

Nous vous livrons dès à présent le contenu intégral de l’audition de cette femme de l’ombre, j’ai nommé : Virginie Bianchi.

MIK40

Interview Virginfrie Bianchi pour 15cpp.

Entendons la personne dénommée ci-dessus qui nous déclare :

Question : — Avez-vous compris le motif de votre interpellation en dehors de tout cadre légal ? —

Réponse : — Oui, ma tentative d’évasion de l’administration pénitentiaire. —

Question : — Pourquoi ne pas avoir demandé l’assistance d’un avocat lors de la notification de vos droits ? —

Réponse : — Parce que celle-ci est parfaitement inutile sans accès au dossier. —

Question : — Avez-vous des remarques à formuler concernant le déroulement de votre garde à vue ? —

Réponse : — Aucune, l’accueil a été charmant, mais je n’en attendais pas moins du 15cpp.fr et de ses représentants. —

Question : — Pouvez-vous nous expliquer comment en être arrivée là ? Comment un directeur de prison devient avocat ? —

Réponse : — En sautant le mur. —

Question : — Quel est votre parcours scolaire, puis professionnel ? —

Réponse : — Après un troisième cycle d’histoire politique médiévale, et un projet de thèse sur « L’image de la Justice dans la construction de l’Etat », j’ai eu envie de mettre les mains dans le cambouis et, après avoir hésité avec le concours des Douanes, j’ai préparé le concours de commissaire de police. J’ai bifurqué en cours d’année, suite à une rencontre, pour finalement présenter le concours de sous-directeur des services déconcentrés de l’administration pénitentiaire. Je n’ai fait d’études de droit qu’après avoir quitté la pénitentiaire, j’ai passé une maîtrise puis un master 2 de Droit pénal et sciences criminelles. Je suis ensuite devenue avocat. —

Question : — Quelle est votre spécialité en droit ? —

Réponse : — Je suis spécialisée en droit pénal, mais plus particulièrement dans l’aménagement de peine des détenus condamnés à de longues peines. —

Question : — Qu’est-ce qui vous a poussé, vous qui étiez chargée de recevoir les gens punis par la justice, à un jour vouloir les faire libérer ? —

Réponse : — Ils sont, de fait, dans leur immense majorité, libérés un jour. Autant les accompagner du mieux possible vers la sortie pour éviter qu’ils ne repassent par la case prison. —

Question : — Vous êtes décrite comme la « pro » des aménagements de peine. Qu’en est-il ? —

Réponse : — Les aménagements de peine représentent 85% de mon activité, le reste étant du « gros » pénal, c’est à dire des dossiers correctionnels ou criminels passés par l’instruction. Et dans ce cas, je suis aussi bien en défense qu’en partie civile. —

Question : — Avez-vous eu des clients en tant qu’avocat qui étaient déjà les vôtres en tant que directeur de prison ? —

Réponse : — Oui, deux. Tous les deux condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Ils sont sortis, l’un à la première demande au bout de 24 ans, l’autre à la huitième demande, après 27 ans de détention. —

Question : — Que souhaitez-vous dire à vos détracteurs, qui seraient tentés de vous qualifier « d’inconditionnelle des libérations anticipées »? —

Réponse : — Je leur dirais poliment que s’ils avaient un peu plus de curiosité intellectuelle, et un peu moins de mauvaise foi, ils liraient les statistiques du ministère de la Justice et les études des chercheurs de la Direction de l’administration pénitentiaire, entre autres, qui démontrent que les personnes ayant bénéficié d’aménagement de peine récidivent moins que ceux qui sortent en fin de peine. Libérer les gens de manière progressive et encadrée est l’un des éléments qui permettent de prévenir la récidive. —

Question : — Avez-vous eu une autre activité entre votre profession de directeur de prison et celle d’avocat ? —

Réponse : — J’ai travaillé quelques mois dans l’industrie. J’y ai vécu l’une des expériences les plus riches de ma vie professionnelle, à l’exception de mon stage en tant que surveillante de prison lorsque j’étais à l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire, à savoir un stage ouvrier. Mais ce monde n’était pas fait pour moi, je n’en voyais pas le sens, et je suis retournée vers le seul univers dans lequel je me sente à la fois à mon aise et utile, la prison. —

« « « Mention enquêteur : la personne entendue déstabilisant l’enquêteur (@M_I_K_40), @PJ_un_jour lui donne un coup de clavier derrière la tête et prend sa place derrière la batteuse…. » » »

Question : — Quel est le regard que vous portent vos anciens collègues de la pénitentiaire ? Avez-vous conservé des contacts? —

Réponse : — J’y ai gardé nombre de contacts et quelques vrais amis. Lorsque je suis devenue avocat, il est vrai que j’ai ressenti, disons une certaine méfiance, mais il me semble que 9 ans après, mes anciens collègues apprécient de travailler avec moi, et moi avec eux, dans la mesure où nous parlons la même langue et avons été bâtis sur les mêmes fondamentaux. Les critiques de l’institution qui sont les miennes sont souvent aussi les leurs, même s’ils ne peuvent l’exprimer. —

Question : — Et, vos confrères actuels, sur votre situation antérieure ? —

Réponse : — Là, c’est plus compliqué. Le regard compréhensif que je porte sur mes anciens collègues est diversement apprécié. Ca ne me dérange pas. —

Question : — Vous parliez de ces clients que vous aviez connus alors même qu’ils étaient aussi en détention. Que sont-ils devenus ? Sont-ils « réinsérés » ? —

Réponse : — Oui, ils ont repris, si tant est que faire se puisse, le cours d’une vie interrompue par une longue détention. Ce n’est pas simple, la prison abime ceux qui y passent et on n’en sort pas intact. —

Question : — Vous êtes donc un « chantre » de la réinsertion. Que manque-t-il à notre droit (notre société ?) pour faire évoluer les choses ? —

Réponse : — Je ne suis pas un chantre de la réinsertion, je pense simplement que tout le monde a intérêt à ce que les personnes passées par la case prison n’y retournent jamais. Ce qui manque, c’est probablement un changement de regard sur ceux qui essaient de s’en sortir sincèrement, avec tous les handicaps sociaux qui sont les leurs après la détention, mais aussi la prise de conscience que ceux qui sont dedans ne sont pas si différents de nous que ce que la « société » imagine. —

Question : — J’aimerais revenir sur votre stage en tant que « surveillante de prison »; quel regard portez-vous sur cette profession ?—

Réponse : — C’est un métier difficile tant, au quotidien, la confrontation à la violence en particulier mais aussi les effets catastrophiques de la surpopulation carcérale qui ne touche pas que les personnes détenues, que dans l’image qu’il renvoie. Je ne connais pas un gosse qui dise fièrement « mon papa est surveillant de prison », ce n’est pas le cas quand on est policier ou gendarme. —

Question : — Vous parliez de « droit au silence ». Conseillez-vous, justement, à vos clients, de garder le silence, en garde à vue ? —

Réponse : — Ce n’est pas moi qui en ai parlé, c’est vous. Compte tenu de ma spécialisation, j’assiste finalement peu de gens en garde à vue. Et, franchement, la plupart d’entre eux n’ont pas besoin que je leur conseille de ne rien dire, ils le font assez naturellement. —

Question : — Voila un peu plus de deux ans que l’avocat est entré en « garde à vue »; quel regard portez-vous sur cette évolution, notamment au regard du rapport avec les policiers/gendarmes ?—

Réponse : — Je pense que c’est une bonne chose en ce sens que cela permet une garde à vue plus apaisée, mais je doute franchement que cela ait un effet avéré sur le plan de la défense. J’ai toujours été très gentiment accueillie, et cette semaine encore … Mais c’était déjà le cas lorsque la seule intervention de l’avocat consistait en un entretien de 30 minutes. Je suis consciente que tel n’est pas toujours le cas, mais je n’ai personnellement aucun souvenir d’hostilité, et ce quelle que soit la « nature » des forces de l’ordre. —

Question : — Vous êtes née à Mulhouse. désormais parisienne. Pas tentée d’y retourner ? —

Réponse : — Je n’y ai jamais vécu, je me suis contentée d’y voir le jour. J’ai passé toute mon enfance et le début de mon adolescence en Algérie. Parisienne depuis le début des années 80, je n’ai quitté la capitale que pour mon séjour de 3 ans à Clairvaux. J’aurais désormais du mal à vivre ailleurs, du moins tant que je bosserai. —

« « « Mention enquêteur : la personne entendue déstabilisant l’enquêteur, il est fait appel @johndospesos intermittent de la Peulisse, spécialement formé aux interrogatoires difficiles. » » »

Question : — Reprenons dans l’ordre. Vous avez la possibilité de prendre un avocat, vous préférez un humaniste compétent ou une machine de guerre pénale ? —

Réponse : — Si c’est pour une garde à vue, je prends un pote, car comme cela ne sert à rien, autant que je sois en bonne compagnie. Si c’est pour l’audience, un humaniste compétent. Une audience pénale, cela doit avoir un sens pour que l’ensemble des participants, accusé, magistrats du siège, parquet, victimes, s’y retrouve. —

Question : — Vous choisissez de garder le silence ou vous espérez, comme nous, qu’il surgisse un peu de lumière de tout ceci ? —

Réponse : — Je refuse de garder le silence. Je collabore de mon mieux à la manifestation de la vérité. —

Question : — Fait numéro un : vous avez quitté l’uniforme des directeurs d’établissements pour endosser la robe des avocats. Que laisse-t-on de soi dans le rangement de l’un ? Qu’acquière-t-on à enfiler l’autre ? —

Réponse : — En fait, je porte mon uniforme sous la robe. Celle-ci m’a surtout permis d’acquérir la part de liberté qu’on n’a pas quand on est un fonctionnaire d’autorité tenu par le cadre institutionnel. —

Question : — Quand on dirige une prison, de quoi a-t-on envie de se libérer soi-même ? —

Réponse : — De son indifférence au monde et de ses préjugés sur l’humain. —

Question : — Est-ce qu’il y a un moment de votre parcours que vous auriez voulu confier à l’avocate que vous êtes ? —

Réponse : — Aucun, je suis indéfendable. —

Question : — Vous aménagez les peines, est-ce qu’il y a des chagrins avec lesquels vous n’avez jamais pu transiger ? —

Réponse : — Oui, les morts inutiles en prison, alors qu’on aurait pu les laisser crever près des leurs quoi qu’ils aient fait. Les malades mentaux et les personnes âgées atteintes de sénilité, surtout quand ils n’ont aucune conscience de l’endroit où ils se trouvent et que la peine a perdu tout sens, qui ne devraient pas être détenus mais placés dans des structures adaptées. —

Question : — Qu’est-ce que l’on peut sauver, chez les gens ? —

Réponse : — Tout, il suffit de les regarder comme ils sont et de les aider à sortir le meilleur d’eux-mêmes. —

Question : — Si vous quittiez un jour le judiciaire, que feriez vous ? —

Réponse : — Je ne quitterai pas le judiciaire, et surtout pas la pénitentiaire, je l’ai dans la peau. —

Question : — Vous avez refusé le repas de garde à vue. Au menu, qu’auriez-vous aimé ? —

Réponse : — Déjeuner avec vous. —

Question : — Est-ce que vous jouez parfois au bon flic et au méchant flic dans votre tête pour vous décider à acheter un truc futile ? —

Réponse : — Oui, je me gendarme – oups – pardon, pour ne pas craquer sur des trucs, mais comme le futile est toujours extrêmement utile en fait, je finis par craquer. Hier encore, si je vous disais … —

« « « Mention enquêteur : la personne entendue sourit franchement. » » »

Question : — Demain, vous êtes Ministre de la Justice. Quelles sont vos trois premières décisions ? Et en tant que Ministre de l’Intérieur ? —

Réponse : — Premier point, je pense que je préférerais être ministre de l’Intérieur. Second point, je demande à exercer mon droit au silence. —

Question : — Virginie, pour conclure, le mot de la fin vous appartient. Vous voudrez bien, également, donner le nom d’un complice que vous aimez bien, que l’on prépare le prochain interrogatoire … —

Réponse : — Y’a pas écrit « poukave », et je n’ai rien d’autre à vous dire. —

« « « Mention enquêteur : la gardée à vue désigne son front. » » »

— Lecture faite par moi des renseignements d’état civil et de la déclaration ci-dessus, j’y persiste et n’ai rien à changer, à y ajouter ou à y retrancher. —

A OUEB country, le 07 décembre 2014 à 18 heures 00 minute.

Interview virginie bianchi pour 15cpp

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