Je suis tranquillement à travailler un dossier. J’y suis depuis quelques jours déjà, à faire ce travail, et c’est assez fastidieux. Il est dix neuf heures. je me décide de rentrer chez moi. Et, comme toutes les six semaines, avec trois de mes collègues, je suis d’astreinte, pour la nuit. S’il devait y avoir une affaire pour le service, je serai appelé.
Comme tout bon parisien qui se respecte, je m’engage dans les bouchons. Les grandes artères parisiennes, le périph, l’autoroute.
19h20, un coup de fil. Juste « pour info », il vient d’y avoir un braquage. Normalement, c’est pas pour nous, mais bon. L’adresse? Mais je la connais ! Ne serait-ce pas notre victime de la dernière fois? J’appelle, puisque j’ai gardé contact avec ce monsieur. Oui, c’est bien lui qui a de nouveau été braqué ! Et les faits ne sont pas ceux qui étaient rapporté dès le départ. Finalement, c’est « pour nous »; il faut y aller. Je fais demi-tour, et quelques minutes plus tard, j’arrive sur place avec les collègues d’astreinte, comme moi.
C’est comme cela que démarre un dossier; un coup de fil, une « histoire » (pour la victime, souvent une douleur, un drame, voir un traumatisme). Ok; on fait le boulot; on se répartie les tâches. Pour moi, ce soir, ce sera quelques témoins, que je ramène au service pour les auditionner.
Il est 23h; avant de partir, je m’arrête prendre une « tite mousse », avec les collègues; un petit quart d’heure, le temps de débriefer, et dégager les premiers axes d’enquête.
Le lendemain, retour à huit heures. Le temps, quelques minutes, de poursuivre le travail de bureau entamé la veille; et, lorsque les collègues arrivent, au se remet sur le nouveau dossier.
Au fur et à mesure que les éléments sont à exploiter, on « tire la ficelle ».
Et là, tout s’accélère; la ficelle est de plus en plus grosse. C’est un fil. Qui, rapidement, devient une pelote.
Ca y est. On les tient. Mais…. mais…. zut, ils sont déjà partis. Non, peut-être pas. Ils n’ont pas encore passé la frontière, c’est certain. On sonne l’alerte, les collègues de la PJ en province, la Police aux Frontières. Il faut filtrer. Mais, surtout, il faut y aller.
La voiture? Trop long, on a du retard. Le train? Il est dans 20 minutes.
Un coup de fil au parquet, un autre aux collègues locaux. Un troisième par ici, un quatrième par là, puis un autre, encore un autre. Ok, on peut partir; on a le droit. Cela ne plait pas à tout le monde, visiblement, mais on a le droit. A croire qu’on ne marche pas tous dans le même sens. M’enfin !
18h30. Départ du train. Ouf, il n’est que 18h27; mais le contrôleur nous attend, il parait ! Arrivée prévue trois heures plus tard. Un peu de temps pour se reposer de la journée, réfléchir à la manière de procéder….
« Vous êtes en service »? C’est le contrôleur, qui me parle. »Euh oui, pourquoi »? « Il a une femme, dans le train; je pense qu’elle m’a donné un billet de train falsifié; et cette dame, n’a pas de papiers; Vous pourriez aller voir »? »Ok, pas de problème ».Avec le collègue, on y va. On discute (pas évident, en chinois), on cherche.
 » Elle n’a pas de papiers », me dit-on, au bureau. Comprendre, elle est en situation irrégulière.
 » Non, attend; je l’ai trouvé; il y a une lettre de différence, le prénom n’est pas orthographié pareil. Mais l’adresse est bonne ».
Ok. Une mise en garde auprès de madame, toujours avoir une pièce d’identité sur sois. C’est mieux.
Allez, je me rassois. Je ferme un oeil.
« Hum… »
Oh non, encore lui.
« J’ai un autre souci, là. Un monsieur, au fond du train; il n’avait pas de billet, et il m’a reglé avec un chèque; il m’a présenté une pièce d’identité, mais j’ai l’impression que c’est une fausse ».
Nous voilà reparti à l’autre bout du train.
« Bonjour monsieur, Police Nationale. Avez-vous une pièce d’identité »?
« OUi, bien sur; que se passe-t-il »?
Le monsieur nous tend sa carte d’identité.
« Le contrôleur a émis un doute sur l’authenticité de votre chèque; donc on fait quelques vérifications ».
« Quel chèque? Je n’ai jamais remis de chèque au contrôleur » !!!!
Ah ben voyons. Celle-là, je l’avais pas vu venir. Ca sent pas bon !
« Donc, le contrôleur ment »!
Début du colère pour ce dernier; il est assermenté, patati, patata.
On vérifie le chèque; et, badaboum, Monsieur X a commandé un chéquier à sa nouvelle agence, mais il ne l’a jamais eu.
Ok; le « flag » est consommé; on a une tentative d’usurpation d’identité, un recel de vol, et une tentative d’escroquerie.
Je m’adresse au contrôleur: « Il ne vous reste plus qu’à appeler la gare d’arrivée, pour prévoir un accueil pour monsieur ».
Comme le temps passe vite. Dix minutes plus tard, on est arrivé. Et le comité d’accueil est là.
Ok, on passe à autre chose. Vite, on est attendu à l’autre bout de la ville. On est là pour notre affaire, quand-même!
On y va. Les collègues locaux ont commencé sans nous. ils procèdent au contrôle.
Zut, ce n’est pas bon. On s’est trompé.
Déception.
A défaut, on va faire connaissance avec les collègues. Mine de rien, on n’a même pas mangé. l’accueil est sympa.
Mais il faut trouver un hôtel.
« t’inquiète pas, collègue; c’est vu; on vous a réservé deux chambres à coté de la gare ».
Ça, c’est de l’accueil, dites-donc.
Allez, une petite nuit, et on reprend le train dans l’autre sens.
Pfff…. même pas un change, rien. C’est ca, quand on part à l’arrachée, comme ca »! Pas terrible, mais c’est un peu ce que j’aime, dans ce boulot.
On ne sait jamais ce qui peut se passer dans l’heure qui suit.
Ca y est; c’est l’heure de reprendre le train, dans l’autre sens. Ca ne fait même pas 24h qu’on était parti !
Voilà le contrôleur qui vient nous voir: « Bonjour, messieurs; vous êtes de service »? Oh non, ca recommence ! « Euh oui ». « Bon, super; si j’ai un problème, je vous appellerai ». « Pas de problème, on est là pour ca »… Ca y est, ca recommence; on va recommencer à arpenter le train de long en large…. Il ne le fera pas. Tout ce petit voyage se passera bien. Finalement, à 13h, retour au service. Mais y’a du taf, pas question de rentrer tout de suite. Allez, on s’y remet. Mais je vais quand-même partir un peu plus tôt. Histoire de voir les enfants quelques minutes.Maintenant, je vais aller dormir; j’en ai besoin. La nuit dernière a été courte. Et celle d’avant l’avait déjà été; le petit dernier ne voulait pas dormir.
Eh oui, il faut tout combiner.
Mais il ne faut pas se plaindre.
Demain, nouvelle journée de travail. Mais, pas de panique, c’est bientôt le week-end. A moins que…
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